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Paimpont : Écorégion, réunification, autodétermination, Mélenchon s’embrouille avec les bretons !

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En meeting à Paimpont à l’occasion du 14 juillet, Jean-Luc Mélenchon a fait des propositions contradictoires qui ne manqueront pas de soulever interrogations et oppositions en Bretagne, s’aliénant probablement une bonne part de l’électorat breton aux prochaines élections.

Éléments du discours
Il a notamment commencé par rappeler l’origine bretonne du Club des Jacobins, dont les membres participèrent à l’abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789. Selon lui, ceux qui, en Bretagne, dénoncent aujourd’hui le jacobinisme et réclament davantage d’autonomie en feraient donc un usage abusif. Puis, pour défendre son projet d’écorégions, il continue de s’appuyer sur les évènements de la période révolutionnaire. Il explique qu’en 1789-1790 les révolutionnaires ont changé les institutions territoriales afin de transformer l’État : « Dès lors, ils ont changé la carte, créé des départements qui ne correspondaient pas aux diocèses, mais qui étaient déterminés par une obligation politique ». Autrement dit, pour construire la VIe République écologique, il faudrait aujourd’hui, comme au XVIIIe siècle, redessiner les territoires. Il ajoute « Il fallait que la citoyenneté soit mise au premier plan. Et nous, c’est ce que nous avons encore l’intention de faire. La citoyenneté sous toutes ses formes, bien sûr avec le référendum d’initiative citoyenne. ». Enfin, très brièvement avant la fin de son meeting, il évacue la question de la réunification de la Bretagne : « On peut les découper en sous-bassin versant tenant en compte les rivières. Et vous autres, vous faites en tout la Bretagne avec des rivières et non pas un grand un grand fleuve. Car si on prenait la Loire, on se mettrait dans des histoires pas possibles avec Nant et le reste. Donc il vaut mieux prendre l’affaire par un autre bout et pas se créer soi-même des problèmes » (rires gênés dans la salle).
Une lecture historique très incomplète
Oui, les députés bretons votent l’abolition des privilèges provinciaux. Mais ces privilèges sont ceux de l’Ancien Régime et du système nobiliaire, pas du peuple breton. De plus, Jean-Luc Mélenchon oublie de rappeler un élément essentiel : les députés bretons et jacobins s’opposent au découpage géométrique et réclament que la nouvelle division respecte les convenances locales et les limites des provinces. Ce qu’ils obtiennent pour les départements bretons, dont la Loire-Atlantique !
La contradiction démocratique
Jean-Luc Mélenchon affirme vouloir placer « la citoyenneté sous toutes ses formes » au cœur de son projet grâce au référendum d’initiative citoyenne. Pourtant, s’il existe un territoire où les habitantes et habitants ont tenté de mettre en pratique cette idée, c’est bien la Bretagne. Entre 2018 et 2020, plus de 105 000 électrices et électeurs de Loire-Atlantique, soit plus de 10 % du corps électoral départemental, ont signé une pétition, normalement prévue par la loi, pour demander une consultation sur la réunification. En 2015, l’association DIBAB a organisé dans une vingtaine de communes des consultations citoyennes auto-organisées sur la réunification de la Bretagne, confirmant ce que disaient les sondages avec 89,25 % de votes favorables.
Jean-Luc Mélenchon pourrait-il également expliquer aux électeurs et électrices de Loire-Atlantique pourquoi leurs députés Insoumis, Ségolène Amiot et Andy Kerbrat, ont eux-mêmes cosigné en 2023 la proposition de loi de Paul Molac relative à la consultation des habitants d’un département sur le choix de leur région d’appartenance ? Sans oublier le candidat insoumis aux dernières élections municipales à Nantes, William Aucant, qui défendait le droit d’initiative citoyenne … en breton !
Comment expliquer que les libertés démocratiques que propose Jean-Luc Mélenchon aux citoyennes et citoyens de Corse, de Martinique, de Guadeloupe ou de Guyane ne soient pas accordées aux citoyennes et citoyens de Bretagne ? En recentralisant toujours davantage le pouvoir de l’Hexagone, comment croire que l’État acceptera demain de le partager durablement avec ses possessions ultramarines ?

 


La contradiction écologique
La crédibilité de Jean-Luc Mélenchon est également remise en cause sur le terrain écologique. Il explique qu’il faut changer les institutions territoriales pour construire une nouvelle République écologique. Pourtant, son projet repose toujours sur la plus ancienne maille administrative de la République : le département, dont les limites ont été définies selon les temps de déplacement à cheval vers les chefs-lieux et sans quelconque prise en compte de la question écologique.
Surtout, comment justifier un découpage où certains départements sont rattachés à des régions ne correspondant pas à la majeure partie de leur bassin versant ? Ainsi, la Vendée est intégrée à l’écorégion « Loire aval », alors que moins d’un quart de son territoire appartient au bassin versant de la Loire. À l’inverse, le Marais poitevin, vaste espace naturel particulièrement sensible qui draine la majorité du territoire vendéen, se retrouve partagé entre trois régions. En Bretagne, Jean-Luc Mélenchon refuse de discuter de la réunification alors même que près de 45 % du réseau hydrographique de la Loire-Atlantique ne relève pas du bassin versant de la Loire, tandis que les enjeux environnementaux de l’estuaire dépendent directement des politiques maritimes de la péninsule bretonne (voir carte jointe).
Enfin, Jean-Luc Mélenchon affirme vouloir confier aux écorégions la compétence de l’eau. Très bien. Mais avec quels pouvoirs ? Quels financements ? Quels moyens d’action ? Sur ces questions essentielles, son projet reste étonnamment silencieux.
Jean-Luc, nous te rappellerons tout ça le 26 septembre à Nantes !
À force de vouloir éviter « des histoires pas possibles avec Nantes », tu risques surtout de te couper d’une partie importante de l’électorat breton de gauche. Si tu as du mal à entendre tout cela, nous aurons l’occasion de te le rappeler lors de la manifestation pour la réunification et le droit de décider en Bretagne, le 26 septembre prochain à Nantes !
Bezomp niverus !

Jonathan Guillaume, membre de la Coordination démocratique bretonne

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