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Les pacifistes gallois ne désarment pas

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Nous avions déjà évoqué ici la possible confrontation politique entre les pacifistes gallois et le gouvernement Plaid Cymru du parlement Gallois sur la question du soutien à l’industrie militaire. Le site de Undod, un regroupement sur la gauche de Plaid Cymru qui se revendique de l’indépendantisme publie une nouvelle contribution à ce sujet . Une partie de la base électorale des nationalistes du centre gauche du Plaid Cymru semble bien motivée à continuer la mobilisation dont les manifestations massives pour la Palestine ne sont que les derniers épisodes les plus récents. D’autres secteurs de la société galloise , plus à gauche que nationalistes comme les communistes de Welsh Communists sont sur la même ligne. En voici une traduction : 

Il a été annoncé qu’une foire aux armements, intitulée « Defence Security Resilience Cymru » (« Défense, sécurité et résilience du pays de Galles »), se tiendrait au Centre international de conférences du pays de Galles, à Newport, les 3 et 4 septembre 2026.

Cymdeithas y Cymod — le Mouvement international de la Réconciliation au pays de Galles — s’oppose totalement à cet événement et déplore que le pays de Galles accueille une manifestation faisant la promotion de la capacité à tuer à une échelle industrielle. Cette abomination doit être annulée immédiatement. Nous pensons que tel est le souhait de l’ensemble du mouvement pacifiste gallois.

Le pays de Galles se trouve incontestablement à un carrefour moral et économique.

Un nouveau gouvernement, dirigé par Plaid Cymru, est désormais en place au Senedd. Il a la possibilité de changer de cap et de passer d’une économie de guerre à une économie durable. Cet événement, initialement soutenu par le gouvernement travailliste gallois, laisse entendre que notre pays souhaite continuer à se comporter en petit serviteur docile de l’industrie de la mort. Il ne s’agit pas d’une industrie de défense, mais d’une industrie de l’agression.

Voulons-nous réellement construire une nation de paix ? Ou voulons-nous continuer à soutenir le complexe militaro-industriel, comme l’a fait le précédent gouvernement gallois ? Ce que nous savons jusqu’à présent ne laisse guère présager un changement de cap majeur de la part du nouveau gouvernement.

Le gouvernement gallois et l’ensemble des membres de Plaid Cymru sont confrontés à des questions absolument fondamentales concernant le type de pays de Galles qu’ils veulent construire. L’héritage de Gwynfor Evans ( NDLR : militant historique du Plaid Cymru, de la Ligue Celtique , de la langue galloise et objecteur de conscience, député….) , l’un des grands artisans gallois de la paix, doit-il être oublié ? N’est-il pas hypocrite de condamner volontiers les guerres menées à l’étranger tout en faisant la promotion des moyens qui permettent de les mener ?

Cymdeithas y Cymod et de nombreuses autres organisations s’étaient opposées à la foire aux armements organisée à Cardiff en 2018. À l’époque, cette foire avait été condamnée par Leanne Wood, alors dirigeante de Plaid Cymru. Depuis lors, plusieurs membres de Plaid Cymru siégeant au Senedd ont également condamné des événements de ce type.

Nous déplorons que notre gouvernement figure parmi les parrains de cette foire aux armements. Selon certaines informations, Adam Price, ministre chargé des entreprises, des réseaux et de l’énergie, devait prendre la parole au cours de l’événement. Nous comprenons désormais que cette information était erronée et qu’il a décliné l’invitation qui lui avait été adressée.

Cependant, suffisamment de temps s’est écoulé depuis les élections pour que le gouvernement décide de faire tout ce qui est en son pouvoir afin de mettre fin à son soutien à cette foire aux armements. Après tout, l’un des organisateurs, aux côtés du gouvernement, est General Dynamics Land Systems. Cette société est une filiale de General Dynamics, entreprise associée au carnage commis à Gaza que Plaid Cymru a pourtant condamné.

 

Un autre coorganisateur est ADS Group, organisme professionnel représentant les entreprises de l’armement. Le troisième est Business in Focus, dont le directeur général affirme se réjouir de pouvoir participer à cet effort « national » — mais de quelle « nation » parle-t-il exactement ? — et notamment au développement des débouchés commerciaux du pôle gallois de la défense et de la sécurité.

Il n’est pas davantage rassurant d’apprendre qu’Adam Price s’est récemment rendu au salon aéronautique de Farnborough, organisé par une entreprise appartenant à ADS Group. Nous comprenons que M. Price s’y est entretenu avec Lee Bruce, l’un des hauts responsables d’ADS Group.

Selon M. Bruce, Adam Price et lui ont évoqué « la poursuite de la collaboration entre le gouvernement gallois, l’industrie et ADS », notamment dans le cadre du Defence Growth Deal for Wales, le plan de développement du secteur de la défense au pays de Galles, doté de 50 millions de livres sterling. Ce programme vise à développer l’industrie de l’armement au pays de Galles, notamment la production de drones, et à permettre aux petites entreprises de profiter des débouchés offerts par cette industrie.

La présence, parmi les exposants du salon, d’entreprises d’armement israéliennes — Elbit Systems, Rafael Advanced Defense Systems et Israel Aerospace Industries — rend celle de M. Price encore moins acceptable.

Interrogé sur la présence de M. Price à Farnborough, un porte-parole du gouvernement a répondu :

« Nous continuerons à dialoguer avec les secteurs de l’aérospatiale, de la défense, de la sécurité et de la résilience nationale afin de soutenir les milliers d’emplois gallois hautement qualifiés, bien rémunérés et liés aux technologies de pointe, tout en promouvant le respect des droits humains et du droit international. Un cadre éthique applicable au secteur de la défense est en cours d’élaboration. Il s’appuie notamment sur des discussions avec nos homologues du gouvernement écossais et de l’exécutif d’Irlande du Nord et guidera nos relations futures avec ce secteur. »

Il est difficile de croire que l’on puisse attendre de nous que nous acceptions une telle déclaration, qui revient en réalité à dire :

« Les emplois dans l’industrie de l’armement comptent davantage que toute autre considération. Nous pouvons nous abriter derrière les droits humains et le droit international, bien que l’un comme l’autre aient désormais perdu une grande partie de leur signification. »

Ne serait-il pas préférable que le gouvernement gallois recherche de meilleurs moyens de créer des emplois que le développement de l’industrie de la mort ? Ne devrions-nous pas chercher à démilitariser le pays de Galles, plutôt que d’accepter la présence d’une cinquantaine de sites du ministère de la Défense sur notre territoire ?

Ne devrions-nous pas nous demander pourquoi la confiscation des terres d’Epynt continue de laisser une cicatrice dans notre pays ? Pourquoi Aberporth et Llanbedr sont devenus des centres d’expérimentation de drones militaires ? Pourquoi les pilotes de la Royal Air Force sont formés à Valley par Elbit Systems ? Et pourquoi la dépendance économique envers cette industrie meurtrière crée un climat belliciste, ainsi que la peur de prendre publiquement la parole pour s’y opposer ?

Pourquoi n’organisons-nous pas un véritable débat autour des excellentes propositions de CND Cymru, réunies dans le document intitulé « Au-delà de l’économie de guerre », qui met en lumière les autres possibilités qui s’offrent à nous ?

Les compétences des travailleurs de l’industrie de l’armement peuvent être employées à des fins utiles, tout en permettant naturellement la création de nouveaux emplois. Pensons aux industries écologiques, à la protection des milieux naturels et, par conséquent, à la prévention des inondations et à la réduction des risques d’incendie.

Après tout, quelle est la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés, sinon le changement climatique ? Les guerres engendrent d’importantes émissions de carbone, sans même parler des destructions environnementales.

Considérons également leur coût économique : par exemple, les dizaines de milliers d’emplois qui risquent d’être supprimés en Grande-Bretagne — le sud du pays de Galles figurant parmi les régions les plus durement touchées — en raison de l’augmentation des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran.

Ne devrions-nous pas considérer que la création d’une économie de guerre constitue une politique délibérée de l’État britannique, qui ne profite qu’à une petite minorité privilégiée ? La création d’une économie de paix devrait constituer, elle aussi, une politique délibérée du gouvernement gallois. De nombreux éléments démontrent que chaque livre d’argent public investie dans le secteur militaire crée moins d’emplois que si elle était investie dans d’autres secteurs.

Les actes du gouvernement gallois nous montreront quelles personnes et quels intérêts il entend véritablement privilégier.

Fondamentalement, continuer à soutenir et à promouvoir l’industrie de l’armement et le militarisme montrerait que le gouvernement gallois ne souhaite pas réellement tracer son propre sillon. Il a aujourd’hui la possibilité de montrer que notre pays de Galles rejette le système qui nous a conduits au bord de l’anéantissement.

Nous pensons que Mererid Hopwood parlait en notre nom, en tant que Gallois, lorsqu’elle a déclaré depuis  l’Eisteddfod  ( NDLR : RdV annuel en faveur de la langue galloise )  :

« Partout, on nous parle du manque d’argent pour sortir les enfants de la pauvreté, prendre soin des personnes âgées, assurer l’éducation, donner à chacune et chacun la possibilité de découvrir les arts, ou encore soutenir le secteur du livre et de la musique. Partout, le petit soulier serre, serre toujours davantage.

« Et pourtant, il y a de l’argent pour nourrir le système militaire. Car voilà ce qu’on nous présente comme du bon sens : nous armer jusqu’à nous appauvrir, prétendument pour assurer notre sécurité.

« Que voulons-nous défendre ? Nourrir la machine militaire, ou renforcer la beauté d’un pays où la terre et les êtres humains coexistent pacifiquement ? Je ne fais que poser la question. »

Robat Idris.

 

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