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Le texte qui suit est une contribution écrite par Eric Bainvel, militant de longue date de la Gauche Indépendantiste, ex élu municipal à St Herblain , syndicaliste impliqué dans l’enseignement bilingue en pays Nantais. L’annonce faite par LFI sur les Eco-Régions , quand bien même nous la critiquons, permet de mettre le sujet de l’unité de la Bretagne sur la table dans le cadre des débats politiques liés à la présidentielle.

 

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Cette position sur les Eco-Regions de LFI a suscité en Bretagne d’autres réactions critiques. Citons entre autres , en plus de celle de Jonathan Guillaume de la Coordination Démocratique de Bretagne ,  celle de des Géographes de Bretagne sur le  site Geobreizh et celle du collectif indépendantiste Dispac’h .   Sans oublier celle Mickael Bodlore Penlae su site GeoBreizh. A l’intérieur même des rangs de LFI en Bretagne elle jette aussi un certain trouble. Ainsi les élus LFI de Loire-Atlantique ont renoncés à participer au débat de la Coordination Démocratique de Bretagne du lundi 7 septembre à Nantes alors qu’ils y étaient conviés.

Bretagne info.

Les contradictions de la France Insoumise sur les “Ecorégions”

Par Eric Bainvel militant de la Gauche Indépendantiste

Le 2 juillet dernier, Jean-Luc Mélenchon présentait la proposition de la France Insoumise, les écorégions.

Ces écorégions remplaceraient les régions actuelles et seraient organisées autour des bassins versants, avec des compétences fortes quant à la transition écologique et d’adaptation au changement climatique dans le cadre d’une « République écologique ».

On doit reconnaître que au sein des grandes formations politique françaises classées à gauche, la FI et le parti les Ecologistes, sont les seuls à s’emparer réellement des questions écologiques et climatiques en les mettant en avant et à faire des propositions qui ne soient pas des mesures cosmétiques.

Aussi cette proposition de la création d’écorégions apparaît en premier lieu comme une rupture avec la pensée d’aménagement fondée uniquement sur la course à la croissance, puisqu’elle se veut « faire face à la crise écologique globale ». Mais qu’en est-il réellement ?

 

Eric Bainvel en 2023 dans une manif à Nantes pour l’unité de la Bretagne

Ce concept d’écologie politique a commencé à être théorisé à la fin des années 1960 / début 1970 aux Etats-Unis, dans le bouillonnement politique de la contre-culture californienne. Ses principaux penseurs états-uniens sont Peter Berg,  Raymond Dasmann et Kirckpatrick Sale.

L’affirmation de réorganisation par bassin versant et la carte qui l’accompagne sont complètement en contradiction avec ce qui est écrit dans le programme de la FI pour les élections de 2027, puisqu’il y est écrit qu’il sera « Organiser le débat démocratique et le processus de planification à l’échelle du pays à travers la participation de tou·tes les citoyen·nes dès l’élaboration du plan par l’organisation de débats publics pouvant déboucher sur des Référendums d’initiative citoyenne (RIC), afin d’aboutir à un projet considéré comme réaliste et légitime par la population. » Quel débat démocratique pourrait avoir lieu si tout est déjà décidé par l’État central ?

 

Contradiction aussi au sujet des RIC, lorsque J-L Mélenchon le 14 juillet en meeting à Paimpont affirme qu’il ne veut pas de réunification, alors que plus de 105 000 électrices et électeurs de Loire-Atlantique, soit plus de 10 % du corps électoral départemental, ont signé une pétition, normalement prévue par la loi, pour demander une consultation sur la réunification. Et que les déput.é.e.s Insoumis.e.s de Loire-Atlantique, Ségolène Amiot et Andy Kerbrat, ont iels-mêmes cosigné en 2023 la proposition de loi de Paul Molac relative à la consultation des habitants d’un département sur le choix de leur région d’appartenance. Mais qu’en est-il aujourd’hui de leur part depuis les déclaration de leur leader ?

Comment s’étonner alors des déclarations totalement confuses et truffées d’inexactitudes géographiques, pour ne pas dire d’une nullité crasse, de Cécile Beaudouin, tête de liste de la FI aux élections municipales de Brest en 2027 et élue au Conseil Municipal, au micro de radio Breizh le 19 août dernier, tentant de justifier l’injustifiable pour une citoyenne élue en Bretagne.

Celle-ci affirme que « le pays nantais est lié à la Loire, ce qui n’est pas le cas pour le pays rennais et le pays vannetais. Ceux-ci sont liés à la Vilaine, la Rance, l’Elorn, l’Aulne… Pour l’eau et les rivière, la Bretagne est un pays un peu différent (sic) ». La réalité géographique et hydrographique qu’elle décrit est profondément fausse et uniquement motivée pour essayer de justifier leur projet.

Comme le signalait Jonathan Guillaume dans un texte publié le 16 juillet dernier sur ce même site, « en Bretagne, Jean-Luc Mélenchon refuse de discuter de la réunification alors même que près de 45 % du réseau hydrographique de la Loire-Atlantique ne relève pas du bassin versant de la Loire, tandis que les enjeux environnementaux de l’estuaire dépendent directement des politiques maritimes de la péninsule bretonne. » De même les géographes de Bretagne rappellent ce qu’est la réalité de la géographique physique en Bretagne en terme hydrographique : « Car en Bretagne, péninsule s’avançant dans l’océan, ce qui prime d’abord en matière hydrologique, c’est d’abord l’état de la mer, directement dépendant de nos actions à terre, impacté par de nombreuses pollutions et impliquant de gérer la ressource en eau , de la mer en remontant vers la source. Et retenir cette option proposée, ne résoudrait pas tout le problème. Car la Bretagne est un territoire complexe sur le plan hydrographique, n’offrant guère de réserves hydriques dans ses sols granitiques. Ici, 80% de pluies tombées rejoignent en moins de 3 jours la mer. Ici, peu de grands fleuves, hormis la Loire qui l’effleure mais impacte profondément son littoral sud. Le réseau hydrographique breton se distingue par l’existence de 4 autres systèmes bien distincts avec leurs caractéristiques propres selon les secteurs géographiques. L’essentiel de la ressource en eau provient de la zone centrale plus élevée (Monts d’Arrée et Montagne Noire) pour ensuite s’écouler à la mer dans des bassins bien différents de nature. La côte Nord-Ouest se caractérise par de petits fleuves côtiers rapides aux bassins limités qui coïncident à peu de chose près aux Pays, aux Communautés d’agglomération et aux nombreux Schémas de cohérence (SCoTs) des villes ports s’égrenant sur la côte. Ici la notion d’éco région peut prendre tout son sens, localement, mais son origine est tout autant historique que physique. Mais pour le reste du territoire, c’est moins le cas. Au Nord-Est, cette belle cohérence s’estompe, les fleuves côtiers en provenance des rebords nord du synclinorium médian s’avèrent moins nombreux, plus courts et plus lents, irriguant des bassins plus disparates et moins en adéquation avec l’organisation humaine sauf dans le cas de la Rance. Sur la côte Sud, le problème est plus complexe encore car les fleuves côtiers (Aulne, Elorn, Scorff et Ellé, Blavet) ont un parcours plus long, couvrant des bassins étendus n’offrant pas la même cohérence d’organisation humaine et surtout alimentant la plaine côtière littorale très densément peuplée (1/3 de la population bretonne y réside). Celle-ci devient alors plus complexe, couvrant plusieurs Pays. Quant au grand bassin de la Vilaine, le seul sédimentaire, il dépend pour son approvisionnement des reliefs du Mené et de ceux situés aux confins de la Mayenne. »

Le 1/4 Nord de la Loire-Atlantique en fait parti. Ainsi qu’une petite partie du Maine et Loire. « C’est le seul à posséder des réserves aquifères mais il doit supporter actuellement le poids de la métropole rennaise qui les pompe. Quant à la portion de la Loire irriguant de sud de la Bretagne, elle n’est en fait que l’estuaire d’un fleuve qui, après un long cours à travers le centre du pays s’englue dans ses sables et un lit majeur très large, s’évanouit en grand partie en arrivant en Bretagne, Son cours en aval de St Florent le Vieil n’est en fait qu’un estuaire soumis à la marée mais qui rejette les pollutions du grand bassin de la Loire. Aussi cette agence de gestion hydrographique Loire-Bretagne n’a guère de pertinence dans la gestion des eaux bretonnes, hormis sur la question des eaux maritimes bordières du littoral sud, fortement impactées par les rejets de ce fleuve. »

Si Mélenchon veut donc aller au bout de son raisonnement et suivre les bassins versants,  il faudrait donc modifier aussi les frontières départementales, voir les supprimer pour être en cohérence avec son projet. Mais peu de chance car le département, création technocratique de la révolution française, est un totem « républicain » pour lui. Il pourrait aller plus loin aussi pour être totalement logique, en rattachant l’Alsace au Bade-Wurtemberg puisqu’iels dépendent du bassin versant du Rhin. Mais aussi de réunifier le Pays Basque Nord avec le sud en raison du bassin versant de la Bidassoa.

Mais la réalité a peu d’importance dans la proposition des écorégions faite par la FI. Le but n’est pas la réalité et la vérité mais l’imposition d’une réalité alternative répondant aux fantasmes idéologiques nationalistes non ethnicistes et impérialistes français de gauche, dont J-L Mélenchon en bon disciple lambertiste inscrit sa pensée.

 

Dans la suite de l’interview, le journaliste lui fait remarquer l’importance de la culture, de l’histoire etc… pour les régions et pays et d’autant plus en terme écologique, et qu’avec cette carte ces points sont supprimés, elle répond : « je ne pense pas que c’est une bonne chose de lier le pays nantais avec la Bretagne (resic) car le pays nantais va aspirer les gens et les activités économiques. Ce sera fini pour le pays rennais, ce ne sera pas super pour le Finistère car nous sommes plus loin de Nantes que de Rennes. » Faut-il rappeler à Cécile Baudoin que Rennes est beaucoup plus près de Nantes que de Brest et que les distances entre Brest et Rennes et Brest et Nantes sont très proches. Si elles sont compliquées en terme de déplacement ferroviaire c’est uniquement en raison de choix politiques visant à favoriser le transport routier, au système centraliste français tourné vers Paris au détriment des territoires et de leurs populations, et de la volonté de détacher la Loire-Atlantique de la Bretagne afin de poursuivre l’oeuvre lancée par Pétain Darlan Laval à laquelle la FI semble aussi s’atteler. D’ailleurs les limites géographiques de la région proposée par la FI englobant la Loire-Atlantique correspond à celle créée par Vichy en 1941. Serait-ce en souvenir de François Mitterrand, dont J-L Mélenchon est un fervent admirateur, et de son passé collaborationniste vichyste ?

Quand au fait que « le pays nantais va aspirer les gens et les activités économiques » et que « ce sera fini pour le pays rennais », on tombe dans la méconnaissance, voulue ou non, des réalités. D’une part l’influence de l’économie du pays nantais, rattachement ou non, sur le reste de la Bretagne n’est pas récente. Elle date du moyen-âge, époque où le siège du pouvoir était Nantes. D’autre part Rennes n’est pas aspiré par Nantes et ne le sera pas.

La question en Bretagne ne se joue pas là, mais dans la fracture Est-Ouest, que la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) définissait en 1992 : « Tout ce qui est à l’ouest de la ligne Rennes/Nantes/-Saint-Nazaire est un finistère, c’est à dire un territoire sans intérêt économique ». Et c’est ce territoire, dans le cadre de la politique de métropolisation et de concurrence territoriale, qui aspire depuis 40 ans les gens et les activités économiques de l’Ouest de la Bretagne, comme le montre leur dynamisme économique et démographique, au détriment du reste de la Bretagne, et en particulier des Côtes d’Armor et du centre Bretagne, de Pontivy à Carhaix. Cette volonté de résistance et de refus à cette politique délétère fut un des motifs de la lutte au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Enfin cela signifie donc pour Cécile Beaudoin, et on peut l’imaginer pour d’autres élu.e.s breton.ne.s de la FI, qu’elle ne remet pas en cause cet état de fait néolibérale de concurrence des territoires, puisqu’elle ne plaide pas pour une remise en cause de cette politique, mais au contraire l’assume comme inévitable.  

 

Biorégions contre écorégions : Démocratie locale contre centralisme étatique

 

Le choix du terme écorégions et non biorégions par la direction de la FI et donc Jean-luc Mélenchon n’est pas fortuite. En effet l’écorégion, à l’inverse de la biorégion, n’inclue pas la dimension humaine, culturelle et historique. Exit donc la question des différents peuples et de leurs cultures et langues qui composent le territoire français continental européen que la République française n’a cessé et ne cesse de chercher à détruire. Tout en dénonçant l’impérialisme de la langue anglaise au non de la diversité.

Le concept de biorégion est bien plus large que celui d’écorégion car il prend en compte de nombreux autres critères dont la réalité humaine, culturelle et historique.

Comme l’écrivent en 1977 Peter Berg et Raymond Dasmann, le terme de « biorégion » est utilisé pour « faire référence au contexte géographique autant qu’au contexte cognitif – à savoir aussi bien à un lieu qu’aux idées qui ont été développées à propos des manières de vivre en ce lieu ». « Au sein d’une biorégion, on trouve une uniformité de conditions d’influence du vivant ; conditions qui à leur tour influencent l’occupation humaine. » Et plus loin : « Une biorégion peut initialement être déterminée par le biais de la climatologie, de la géomorphologie, de la géographie animale et végétale, de l’histoire naturelle et d’autres sciences naturelles encore. Cependant, ce sont les gens qui y vivent, avec leur capacité à reconnaître les réalités du vivre in situ qui s’y pratique, qui peuvent le mieux définir les limites d’une biorégion. »

 

Pour l’auteur américain Kirckpatrick Sale, le biorégionalisme implique nécessairement des modes d’organisation décentralisés de la société. Selon lui, la biorégion est «un lieu défini non pas par des diktats humains, mais par des formes de vie, la topographie, son biotope ; une région gouvernée non par la législature, mais par la nature […]. Le biorégionalisme exprime ses idées essentielles que je crois nécessaires à la survie de l’humanité sur la terre : la compréhension écologique, la conscience régionale et communautaire, la possibilité de développer un ensemble de sagesses et de spiritualité basée sur la nature, la sensibilité bio centrée, l’organisation sociale décentralisée, l’entraide, et l’humilité des groupes humains. » A l’inverse donc du projet des fantasmes des technocrates centralisateurs de la France Insoumise ne connaissant pas les réalités locales et niant la réalité humaine, culturelle et historique.

 

 

La Bretagne : une bio région

Selon Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’université d’Orsay, surnommé « le pape de la décroissance », une biorégion correspond à « une entité spatiale cohérente traduisant une réalité géographique, sociale et historique ».

C’est exactement ainsi que l’on peut définir la Bretagne. Ce que l’on appelle l’identité bretonne, ou le peuple breton, correspond à cette entité. Il existe en effet une réalité géographique, sociale et historique, bien antérieure à ce que l’on appelle la France. Cette dernière commence véritablement à exister à partir du 13e siècle avec Louis 9, dit Saint Louis, qui abandonne le titre de roi des Francs au profit de celui de roi de France. La Bretagne, au début nommée Petite Bretagne (pour ne pas la confondre avec la Grande Bretagne) apparaît dans des textes dès le 6e siècle. Puis la noblesse bretonne s’émancipe totalement des carolingiens avec Nominoe en 845 en tant que royaume. Elle se transforme en duché en 945 avec Nantes comme capitale. Ses frontières n’ont quasiment pas bougées pendant 1000 ans jusqu’au découpage administratif de l’Etat Français pétainiste puis de l’Etat Français de la très monarchique et centraliste 5e République en 1972 avec la création de la région administrative dite des Pays De Loire (PDL qui sont aussi les initiales des 3 grands démocrates français qui en 1941 ont signé le 1er décret amputant la Bretagne d’1/5e de son territoire, à savoir Pétain Darlan Laval). Mais ce découpage purement administratif et technocratique fait que le pays nantais (en gros la Loire-Atlantique moins la partie morbihanaise située au sud de La Vilaine) est détaché administrativement de la Bretagne (sauf dans le domaine judiciaire) et rattaché à une région totalement artificielle qui elle est l’inverse même d’une entité spatiale cohérente traduisant une réalité géographique, sociale et historique. Lors de son dernier discours au palais de région (là encore la nostalgie monarchique contre la démocratie) de la région dite des Pays de Loire, un de ses créateurs et 1er président, Olivier Guichard affirma que cette  région administrative était obsolète.

Serge Latouche rajoute dans cette définition qu’une biorégion « peut-être plus ou moins rurale ou urbaine. […] Constituée d’un ensemble complexe de systèmes territoriaux locaux, dotée d’une forte capacité d’autosoutenabilité écologique ». Ce qui là aussi correspond au territoire breton historique. Même si celui-ci a été très abîmé par l’agriculture pétro-chimique, à l’image des marées vertes ; Que la pêche artisanale a été très affaiblie et sacrifiée par les dirigeant.e.s de l’Etat français au profit de la pêche industrielles et de celle d’autres Etats européens ; qu’un déséquilibre important a été créé par les politiques d’aménagement en faveur de l’axe Rennes, Nantes, Saint-Nazaire, la Bretagne est encore doté d’un maillage de petites ou moyennes communes, d’une agriculture qui se tourne de plus en plus vers l’avenir en se convertissant au bio (6e rang français pour la région administrative et 5e département de France pour la Loire Atlantique) et qui ne cesse de progresser en nombre, d’une pêche artisanale encore présente. Sa jeunesse est la plus diplômée et formée de l’hexagone. Et enfin et surtout une vitalité culturelle et un attachement important au territoire qui s’exprime régulièrement depuis la fin des années 1960 et en particulier depuis la lutte contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff.  Suivra la lutte contre le projet de centrale nucléaire au Pellerin puis au Carnet. L’antinucléaire peut être considéré comme un sentiment national breton. Et évidement la lutte contre le projet d’aréroport à Notre Dame des Landes. La Bretagne  est donc « dotée d’une forte capacité d’autosoutenabilité écologique » si les choix politiques sont pris en ce sens afin de viser, comme le définit Serge Latouche, « à la réduction des dés économies externes et de la consommation d’énergie » 

 

Conclusion :

Les élection de 2027 et le péril fasciste, qu’il soit des candidat.e.s authentiquement d’extrême droite, comme de ceux ou celles qui en épousent les idées à droite, ne laisseront que peu de choix. Mais il n’y aura pas de chèque en blanc comme en 1981. Fini les lendemains qui déchantent.

Il en va du projet des écorégions présenté par J-L Mélenchon, en contradiction avec ce que son programme présente en terme de démocratie. Et en totale contradiction avec la pensée de l’écologie politique en général qui est basée sur la décentralisation des pouvoirs et l’autonomie démocratique, le respect des peuples, des cultures et des langues, et opposée donc à toute forme de centralisme et d’impérialisme. Il est donc nécessaire que celui-ci soit rediscuté. C’est ça la démocratie, n’en déplaise à Mélenchon et son rapport ambigu hérité du lambertisme à cette idée qu’il ne cesse d’invoquer. A moins qu’il ne veuille perde des voix, alors que le résultat du premier tour sera comme en 2022 très serré pour se qualifier au second tour.

Mais les déclarations de J-L Mélenchon souligne aussi la faiblesse historique du mouvement politique breton démocratique et l’incapacité des responsables du mouvement culturel et linguistique de comprendre que le problème est politique. Beaucoup dénonce ce que les corses ou basques du nord obtiennent. Mais c’est simplement à travers un rapport de force politique qu’iels sont construit.e.s dans leur territoire que les dirigeant.e.s de l’État français leur accorde plus d’autonomie. La FI d’ailleurs le reconnaît implicitement à travers ses déclarations sur l’autonomie de la Corse qu’elle considère comme légitime en raison des scores électoraux des mouvements autonomistes et indépendantistes corses.

Comme le déclarait officieusement, en décembre 1999, un ancien président socialiste du département de Loire-Atlantique : « tant que vous ne ferez pas au moins 5 % on en aura rien à foutre ! Et tant que certains accepteront des miettes, on leur donnera des miettes ! »

On peut se réjouir que les listes unitaires UDB/War-Sav/Pour la Bretagne aux sénatoriales dans les Finistère et dans les Côtes D’Armor assument cette revendication et fasse cette offre politique basée sur le droit de décider en Bretagne. 

Le prochain rendez-vous pour rappeler que cette revendication reste vivante en Loire-Atlantique aura lieu le 26 septembre à Nantes à 15h place de Bretagne.

Eric Bainvel (début septembre 2026)

 

 

 

Une fois encore nous nous retrouvons aux côtés des organisations et soutiens historiques de la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes dans les diverses manifestations et rassemblements organisés depuis hier en Bretagne en soutien à nos camarades de la ZAD. Et ce aussi souvent qu’il le faudra, de Nantes à Brest, de Rennes à Quimper. Une fois encore nous dénonçons fermement l’attitude du gouvernement qui a décidé de montrer ses muscles sur la ZAD, face à ses occupants, ceux qui défendent un monde différent, basé sur le respect de l’environnement, une agriculture alternative, contre la société de consommation qu’engendre le capitalisme.

Le gouvernement Macron a décidé d’en finir par la violence avec la commune libre de Notre-Dame-des-Landes. La presse est interdite sur place et les informations des mass-médias les plus lus en Bretagne, comme Ouest-France se font le relais, une fois n’est pas coutume, de la préfecture. Ils détruisent des lieux de vie, des terrains travaillés, un mode de vie… Ce gouvernement montre tous les signes d’un glissement vers un autoritarisme fort salué dans son action à Notre-Dame-des-Landes par la droite française comme l’extrême-droite.

Mais n’oublions pas que les précédents gouvernements étaient de la même veine. Macron se faisant le chantre du ni gauche ni droite, ne vient pas de nulle part. Il s’inscrit dans la continuité d’une logique bien plus ancienne qui est la logique de l’État-Nation France. Cet État-Nation n’a de cesse d’écraser les revendications légitimes des peuples à décider de leur avenir que ce soit en matière environnementale, sociale, culturelle, linguistique…

Aujourd’hui il attaque la ZAD et promet des poursuites judiciaires complètement démesurées à tous ceux qui remettront en question sa détermination. Hier, 7 personnes ont déjà été arrêtées et une placée en déféré au tribunal de Saint-Nazaire. Ce soir le chiffre aura surement augmenté. Pendant ce temps les bandes fascistes organisées attaquent à coup de batte de baseball les universités occupées par les étudiants et les enseignants comme à Montpellier, Strasbourg, Tolbiac, le château à Nantes qui héberge 200 sans-papiers et des étudiants grévistes. Et ce sans la moindre condamnation d’un État sécuritaire dans la lignée de ses prédécesseurs. Rappelons-nous de l’acquittement du gendarme responsable de la mort de Rémi Fraisse à Sivens. Quid de l’attitude la justice aux ordres de l’État quand l’extrême-droite nantaise issue des beaux quartiers tabassent des jeunes ados ? On leur rappelle que ce n’est pas bien.

Alors oui nous devons dénoncer l’agression armée de la ZAD orchestrée par Macron et son sbire Collomb qui envoient des blindés dorénavant sur les opposants. Mais nous devons aussi condamner l’État-Nation autocrate, centraliste, oligarque, de mise avec les multinationales et les gros investisseurs de l’agro-buisiness qui n’hésite pas à frapper sans discernement quand il détruit par exemple la ferme des 100 Noms, porteuse d’un projet agricole alternatif depuis des années.

C’est aussi un moyen de détourner l’attention alors que se met en place un vrai mouvement social, une grève dure pour les cheminots qui défendent courageusement leurs droits et un service public de transport qui va à contresens de la logique capitaliste du gouvernement. Les habitants de Notre-Dame-des-Landes ne se sont d’ailleurs pas trompés en appelant à soutenir les cheminots.

Tant que le peuple sera privé du droit à l’autodétermination dans la gestion de son avenir social, économique, environnemental, agricole, culturel ou institutionnel, que les décisions seront prises par quelques-uns, élus par quelques autres et légitimés par un système politique obsolète, alors les agressions de l’État-Nation continueront.

Sur la ZAD, contre les grévistes, pour imposer des projets miniers en Bretagne ou une centrale à gaz, contre la langue bretonne ou par son intransigeance à  imposer la partition de la Bretagne, à nous imposer un modèle économique, politique, agricole.

C’est la démocratie qui est confisquée depuis bien longtemps par les puissants et l’agression policière que subissent nos camarades de la ZAD n’en est que l’aboutissement. Il est temps de s’organiser autrement, organiser des résistances partout, exercer notre droit à l’autodétermination ici en Bretagne comme ailleurs pour décider à la base de quoi sera fait notre avenir. Seule une Bretagne Libre et socialiste, de Brest à Clisson en passant par Notre-Dame-des-Landes, brittophone, égalitaire, accueillante et solidaire, féministe, écologiste et organisée à la base, par le peuple breton lui-même, est à même de prendre son destin.

La ZAD a fait germer un espoir révolutionnaire en Bretagne que le gouvernement veut détruire, soufflons sur les braises et allumons de nouveaux foyers un peu partout.

Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

Vive la ZAD ! Vive le droit à l’autodétermination !

Vive la Bretagne libre et socialiste !

Voici un texte diffusé initialement sur le site Expansive.info et qui explique le pourquoi d’une campagne d’abstention active en Bretagne pour les élections présidentielles 2017.

La rédaction de Bretagne Info.

 

Selon les pronostics, l’abstention sera comme toujours la grande gagnante des élections du printemps 2017. Néanmoins, il semble qu’une fois encore les politiques ne vont pas la prendre au sérieux. Une infime minorité aura donc à nouveau le droit de faire la loi, quelqu’un sera reconduit à la tête de l’État, l’assemblée des vieux blancs corrompus se remplira à nouveau. Pour remédier à ce problème, c’est à dire pour que la France ne vienne plus nous déranger avec ses élections et ce qu’il en résulte, des militantEs de la gauche indépendantiste bretonne ont décidé de répondre favorablement aux appels internationaux à une piraterie de classe contre les présidentielles.

Notre participation au cirque électoral par une campagne d’abstention active s’est imposée comme une évidence. Qu’importe qui fera reculer les droits sociaux, nous refusera toujours le droit de décider collectivement du sort de nos territoires, passera en force sur les projets inutiles et imposés, niera fidèlement le droit du peuple breton à se gouverner lui-même de Ouessant à Clisson. S’il faudra lutter contre l’une ou l’autre de ces personnes après l’élection, autant commencer dès le début de la campagne. Nos voix seront dans les rues et sur les murs, pas dans les urnes. Il est d’autant plus impensable en Bretagne, d’accepter passivement cette énième injonction à aller choisir qui va continuer à ne pas nous représenter ; pas après avoir expérimenté sur la ZAD le fait se représenter soi-même, pas après avoir montré pendant le mouvement contre la loi travail notre capacité à s’organiser contre ce monde, et pas à un seul instant tant que notre peuple est privé de son droit à s’autogérer.

Comme beaucoup nous ne nous déplaçons pas pour aller voter car nous ne ressentons rien pour les mascarades présidentielles. Choisir entre le pire et le différemment pire ne fait pas vibrer grand monde. Que cela s’exprime par un discours militant ou non, les beaux succès permanent de l’abstention et la disparition du vote de conviction au profit du vote de dépit sont plus que des aveux d’échec. Ils sont aussi des frontières qui existent entre un monde politique coupé du réel, et les classes populaires qui subissent sa loi sans rien pouvoir obtenir autrement que par la lutte. Ce monde clos est à ce point loin des réalités qu’il fait même une élection sous un état d’urgence devenu semi-permanent.

Nous savons déjà de quoi sera fait le débat : concours de casse sociale, nationalisme tricolore outrancier et va en guerre, racisme, sexisme, course au renoncement écologique. A l’inverse, pour construire une Bretagne indépendante, réunifiée, anticapitaliste, féministe, écologiste, brittophone et solidaire, notre programme passe donc par la perturbation des élections présidentielles françaises. Puisque nous n’avons pas notre place dans les médias pro-élections, nos propositions s’écriront sur les murs et dans la nature. Nous invitons les volontaires à répandre cette dynamique à travers tout le pays. Exprimez-vous dans cet espace électoral conçu pour être verrouillé, portez y l’affrontement, tournez-le en ridicule, sabotez-le, à vous de trouver vos méthodes. Organisons-nous pour lancer dès à présent la riposte. Pour une fois nous prendrons la parole, en tant que partisanes et partisans du boycott de 2017, en tant que bretonnes et bretons.

Sabordons les élections, à l’abordage !

Bretagne_Info_Election_Francaise_Abstention_Revolutionnaire_Bretonne_Dispach

Primael Petit, militant de Breizhistance vient de prendre la fonction de conseiller municipal à Saint-Herblain commune limitrophe de Nantes. Il a 32 ans et a grandit dans le quartier de Bellevue-Bernardière à Saint Herblain, depuis plus de dix ans c’est un militant de la Gauche Indépendantiste Bretonne. Le 27 octobre il participera à son premier conseil en tant qu’élu. A cette occasion nous lui avons posé quelques questions.

Primael a-hed ar redadeg evit ar brezhoneg

Peux-tu nous présenter brièvement ta commune ?

Saint Herblain c’est la 3e commune du département, avec ses 43 000 habitants c’est aussi la 10e plus grande ville de Bretagne. C’est une commune assez jeune et populaire, composée pour plus de la moitié d’employés et d’ouvriers. Nous avons la particularité d’être coupé en 2 par le periphérique Nantais, ce qui explique ce développement à 2 vitesses. D’un coté de grands ensembles de logements (Bellevue et le Sillon) et de l’autre l’ancien «Bourg» avec ses petits pavillons et même encore ses «villages». Autre particularité la présence de l’énorme centre commercial Atlantis. Hormis son côté commercial, cette zone reçoit de nombreuses activités proposées par la mairie, et même depuis quelques temps le forum de l’emploi ! Imaginez, faire la queue avec votre CV à la main au milieu d’une foule de badauds  qui poussent des caddies ! C’est une situation que l’on dénonce depuis longtemps..

Rappelle nous les circonstances qui t’ont amené à prendre la fonction de conseiller municipal ?

En 2008, Emgann avait initié une plate-forme électorale BREIZHISTANCE, avant que celle-ci ne devienne une formation politique à part entière l’année suivante. Dans ce cadre des candidats avaient été présentées dans divers cantons ainsi que sur des listes municipales. Le mouvement de la Gauche Indépendantiste était présent dans trois communes du pays nantais pour les élections municipales, Nantes, Rouans (une petite commune du pays de Retz) et donc Saint-Herblain avec la liste Saint-Herblain à Gauche Toute/Sant Ervlan a-gleiz penn da benn. Cette liste, outre des militants de BREIZHISTANCE étaient composées de quelques anciens adhérents d’Ensemble Saint-Herblain Autrement, de militants de la LCR, de syndicalistes et de personnes non encartées.
Nous avons réalisé le score de 7,76 % (1 292 voix), permettant ainsi à la liste d’obtenir un conseiller municipal. Nous avions fait le choix de mettre en place une rotation sur le poste d’élu, afin de conserver une vison et un travail collectifs de notre engagement, et de dénoncer l’accaparement du pouvoir et le cumul des mandats par certains élus de la métropole nantaise et de Saint-Herblain notamment. Jakez Caillaud, tête de liste, a été notre premier conseiller municipal, avant que Gaele Bertaud ne prenne la fonction avant moi, troisième sur la liste.

En tant que conseiller municipal, tu touches combien ?

Avoir un poste de conseiller municipal donne droit à 115€ brut je crois. Avec cette indemnité nous faisons vivre l’association que nous avons crée dans le but de poursuivre collectivement le travail autour de l’élu. Cela nous permet aussi de faire d’aider à certaines actions, nous avons ainsi acheté un kilomètre de la redadeg sur St Herblain par exemple. C’est clair, on est loin des indemnités de certains élus qui cumulent les mandats et nous ne voyons pas notre rôle de cette manière.

Contribution de Primael au magazine municipal, cliquez pour agrandir

Sur quelles bases s’est présentée SHAGT (Sain-Herblain à Gauche Toute) ?

Jusqu’alors, Ensemble Saint-Herblain Autrement (ESHA) représentait une opposition de Gauche à la majorité municipale PS, et pesait 15 à 20 % des voix. Après avoir rejoint Les Verts pour la plupart, ma majorité des adhérents d’ESHA ont choisit en 2008 de se présenter dès le premier tour avec la liste PS. Certains herblinois et herblinoises qui avaient pris part ou suivit ESHA jusqu’à présent ne se sont pas retrouvés dans ce choix et ont exprimé la nécessité de présenter une liste d’opposition de gauche à Charles Gauthier. Les militants Herblinois de la gauche indépendantiste se sont donc retrouvés avec ceux-ci et la LCR locale.
Face à un PS qui concentre les pouvoirs et qui s’est écarté depuis longtemps des intérêts des travailleurs et des travailleuses il nous semblait, et il nous semble toujours important de construire et de porter une alternative politique sociale et écologique qui ne se satisfasse pas du système économique actuel.
Le projet que nous avons présenté aux électrices et électeurs met l’accent sur la justice sociale, en terme de fiscalité locale, de logement et de transport notamment, mais aussi à propos de certains marches publics ou délégations trop souvent laissés dans les mains du marché privé, avec des sociétés comme Véolia et Vinci omniprésentes dans la métropole. De même nous ne manquons pas une occasion de dénoncer le système communautaire actuel qui prive les élus municipaux d’un véritable pouvoir d’action sur ces sujets, au profit des conseillers non élus de la communauté urbaine de Nantes Métropole. Nous ne sommes pas contre le regroupement entre les communes dans certains domaines, mais celui-ci doit se faire dans un cadre démocratique. Enfin nous sommes clairement engagés pour une action de la municipalité en faveur de l’unité administrative de la Bretagne et de la langue bretonne avec la signature de la charte “Ya d’ar Brezhoneg” et de la démocratie locale en générale.

Comment vois tu-ton rôle de conseiller municipal ?

Tout d’abord, n’avoir qu’un poste d’élu ne permet pas de mettre en place les politiques que nous voudrions. Mais l’intérêt est aussi de pouvoir s’en servir pour se faire l’écho des luttes à l’intérieur d’un conseil municipal parfois refermé sur lui même. En ce sens nous sommes intervenu en conseil pour dénoncer la situation répressive à Notre-Dame des Landes et le projet d’aéroport, nous avons aussi pu apporter notre soutien à des salariés en lutte. Mais nous prenons bien sûr aussi part à plusieurs commissions. Sans permette d’influencer considérablement les propositions politiques qui y sont faites nous pouvons cependant y donner notre avis, et surtout nous informer, c’est un travail de vigilance permanent, mais aussi de formation régulier pour nous qui ne sommes pas des professionnels de la politique. A travers les mobilisations sociales, la construction de projet alternatifs, notre rôle est donc aussi d’amener la population à prendre ses affaires politiques en main. Nous souhaitons aussi avoir une vision, et si possible une démarche politique cohérente à l’échelle de la métropole. C’est en ce sens que nous proposons des réunions publiques comme celle que nous organiserons Mardi 16 Octobre*

* Quelle place pour les habitants, les associations, la municipalité dans l’organisation d’activités socio-culturelles et éducatives dans la ville ?

Un service performant d’accueil des enfants, hors périodes scolaires, est un des besoins premiers de la population. Les activités à destination du jeune public, adolescents et jeunes adultes, constituent également un enjeu social majeur, comme lieux d’ouverture voire d’insertion pour les jeunes, en dehors des temps scolaires et hors du cadre familial. La participation des habitants, associations, salariés, à l’élaboration du projet social de l’animation jeunesse peut conduire à des choix ne répondant pas aux attentes des institutions. Les villes choisissent et expérimentent différentes réponses à ces questions. Nous vous invitons à venir échanger sur ces sujets

Mardi 16 octobre, 20h00, Salle Jean Jaurès, 40 rue Jean Jaurès Rez-de-Chaussée à Rezé, à l’initiative de Rezé à Gauche Toute et Saint-Herblain à Gauche Toute

Le mois de juin aura vu deux manifestations importantes en faveur des droits démocratiques et linguistiques du peuple breton. D’une part la fête nationale de la langue bretonne (GBB, Gouel Broadel ar brezhoneg) à Cavan, qui a réuni plus de 7 000 personnes sur un week-end, et la manifestation «Bretagne en résistances» du 18 juin à Nantes, avec comme axe prioritaire l’unité administrative de la Bretagne.

Après plus de 10 ans d’interruption, GBB nouvelle version aura réussi et confirmé son pari pour sa deuxième année. Celui de réunir des milliers de personnes dans un festival autour de la revendication d’un statut d’officialité pour la langue bretonne. Ce nouvel élan populaire est parallèle à la résurgence de groupes se revendiquant de Stourm Ar Brezhoneg, qui avait obtenu la signalisation en breton dans trois départements breton durant les années 1990. A Cavan comme à Nantes des militants auront profité des concerts pour montrer et restituer les panneaux volés à Sablé-sur-Sarthe (ville du premier ministre F. Fillon) et la Roche-sur-Yon (ville du président du conseil régional des Pays de la Loire J. Auxiette). La «Bretagne en résistances» restera sans doute dans les esprits comme une mobilisation des plus jeunes au niveau de sa composition et surtout la plus déterminée avec ses 10 km de marche vers le palais de région et ses actions de peinturlurage du palais, des rues nantaises, et des forces de l’orde gardant l’hôtel des Pays de la Loire.

De la manifestation pour l’unité territoriale nous retenons aussi la politisation grandissante de la revendication, malgré un refus d’une réelle analyse politique de la situation par certains élus et la plupart des médias. La volonté de constituer un pôle unitaire et anticapitaliste, et sa réussite, sous l’étiquette «Breizh unvan, disuj ha kengret», témoigne d’ailleurs de ce lien qui doit toujours exister entre revendication sociale, projet politique et revendication territoriale. De même, nous notons qu’un des principal mot d’ordre de la manifestation était le terme «démocratie», assumé par l’ensemble des participants, même les plus frileux. Celui-ci, qui figurait en grand sur l’affiche «Bretagne en résistances», est à retenir et à noter dans un contexte international où il est repris par les jeunesses de Tunis à Deraa et de Barcelone à Athènes, pour dénoncer les classes dominantes qui confisquent le pouvoir populaire. La question qui est posée aujourd’hui à travers la réunification, mais aussi celle du statut de la langue bretonne, c’est bien celle d’une véritable démocratie en Bretagne, c’est à dire celle des outils institutionnels adaptés à la population bretonne et permettant une application réelle de ses aspirations politiques. Le droit de pouvoir décider si oui ou non nous voulons l’unité administrative de la Bretagne, si oui ou non nous voulons une collectivité particulière à l’image de ce qu’est la Bretagne, un pays.

Les réponses politiques à ces mobilisations sont encore trop faibles et en décalage. La vice-présidente de la région Bretagne, Lena Louarn, présente le 18 juin à Nantes, a annoncé la mise en place d’un prochain comité de suivi du dossier de la réunification … en réalité déjà acté depuis plusieurs mois au sein du Conseil Régional. Cette annonce peut laisser perplexe quant à son efficacité quand on connaît le bilan déjà très maigre de la commission mixte Bretagne-Loire-Atlantique. Mis à part sur des événements ponctuels et très généralement culturels, le Conseil Régional sort sans avancée réelle sur le dossier, et la nouvelle mandature déjà entamée ne semble pas annoncer de mesures ambitieuses.

La réponse faite par Philippe Grosvalet (président du CG 44) aux milliers de «bretonnes et bretons en résistance», réponse qui ressort de la rencontre du mois dernier avec son homologue JL Tourenne (CG 35), témoigne d’un décalage et même d’un point de clivage important. Celui qui se présente comme «ni pour ni contre»* n’a pas des propos différents de ceux du président de région PdL Jacques Auxiette. Il souhaite «une nouvelle étape de la décentralisation» avant de parler «de la question des limites géographiques» (ndlr : il veut dire «administratives»). Pour «l’autonomie des régions», le nazairien affiche surtout une posture vis-à-vis de la réforme territoriale et un refus de l’intégrité territoriale de la Bretagne. Pour lui, «on peut envisager d’adjoindre à la Bretagne un, deux voire trois départements (…) dans tous les cas le choix ne peut s’opérer que dans un cadre démocratique et avec l’assentiment de toutes les populations concernées par un redécoupage», c’est à dire en consultant les habitants des départements de la région Pays de la Loire non concernés par le projet de réunification de la Bretagne.

C’est justement là qu’est le point de clivage, entre ceux qui ont une position attentiste et voient l’évolution institutionnelle de la Bretagne dans le cadre d’un projet centralisé et uniforme, et les autres qui considèrent que c’est aux populations et à leurs représentant de décider de cette évolution. Il est évident que la solution offrant à un réel «cadre démocratique» est la seconde. La question du «redécoupage», n’est posé que par le problème de la partition de la Bretagne et lié à ce que certains appellent «caractère spécifique» ou «particularité» de notre territoire, c’est à dire sa vocation nationale. Éviter de poser la question dans cette forme, c’est refuser de vouloir répondre de manière démocratique au «problème du redécoupage». Tout renforcement des compétences des structures administratives reproduisant la partition de la Bretagne ne rendra que plus difficile la réunification. L’unité territoriale doit être partie intégrante de tout projet qui vise à faire progresser la collectivité bretonne vers plus de démocratie.

C’est donc aussi à nous, à la majeure partie des organisations présentes le 12 juin à Kavan et le 18 juin à Nantes, de nous rassembler lors de ce type d’événements et de passer un cap, pour défendre un projet institutionnel nouveau, décidé collectivement en Bretagne, et de toutes les façons, indispensable pour l’obtention des revendications linguistique et territoriale. Alors que se profilent les élections territoriales de 2014 sans réelles perspectives d’avancées démocratiques, il devient chaque jour plus important de travailler à la construction d’un mouvement populaire autour de la revendication d’un statut d’autonomie qui mette la Bretagne sur la voie de l’indépendance. A nous de décider de notre avenir.