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La presse s’est fait l’écho des émeutes racistes de Belfast ces derniers jours, à la suite de l’agression d’un homme d’une quarantaine d’années par un migrant soudanais qui a tenté de l’égorger.

Les médias mainstream et les militants de gauche français ont beaucoup insisté sur le rôle d’Elon Musk et de Tommy Robinson (agitateur numérique fasciste britannique), qui auraient soufflé sur les braises et poussé à l’émeute. Sans nier leurs responsabilités, il convient de rappeler le contexte spatial des émeutes et leur cadre politico-culturel.

L’agression a eu lieu dans le quartier de Girdwood/New Lodge, au nord de Belfast. C’est une zone d’interface entre quartiers républicains irlandais et quartiers fidèles à la Couronne britannique, à quelques centaines de mètres d’un quartier clairement loyaliste/unioniste.

L’homme agressé a été secouru par un autre homme portant un patronyme gaélique ; il a neutralisé l’agresseur avec une crosse de hurling.

Mais les émeutes ont toutes eu lieu dans des quartiers fidèles à la Couronne britannique, notamment à Sandy Row et Shankill Road. Ce sont des lieux où les groupes paramilitaires pro-britanniques exercent une grande influence culturelle et politisent encore beaucoup de jeunes sur des bases racistes, colonialistes et suprémacistes. Ce sont des quartiers glorifiant l’occupation militaire britannique en Irlande du Nord, où les escadrons de la mort paramilitaires unionistes sont encensés, où les drapeaux israéliens sont déployés et où l’on peut lire sur les murs « Kill All Taigs », c’est-à-dire : « Tuez tous les catholiques ».

C’est dans ce secteur qu’a sévi notamment un gang appelé les « Shankill Butchers » (« les Bouchers de Shankill »). Ce groupe paramilitaire enlevait des catholiques au hasard, les torturait et les égorgeait avec des couteaux de boucher. Il y eut 23 victimes. Ses membres furent pris pour cible par l’IRA avant d’être condamnés à la fin des années 1970. Aujourd’hui encore, certains secteurs du loyalisme/unionisme, parmi les mêmes qui poussent aux émeutes suite à cette agression et ciblent des migrants, célèbrent les membres de ce gang de tueurs.

Ces émeutes pogromistes ont pris pour cibles des réfugiés et leurs familles, essentiellement dans les quartiers loyalistes. Des maisons ont été détruites, entièrement brûlées, des familles évacuées… Les réseaux sociaux et les murs se sont constellés de slogans contre l’islam.

Les adresses des maisons accueillant des migrants et des réfugiés ont circulé, invitant à les prendre pour cible, tout comme des lieux d’accueil collectifs pour les demandeurs d’asile.

C’est un pogrom brutal, comme ceux que subissaient les Juifs de la zone de résidence de l’ancien Empire tsariste. Comme ceux que subirent les catholiques irlandais en 1969 de la part du même secteur politique loyaliste.

De la même manière que le Bund, grand parti socialiste révolutionnaire juif trans-étatique, émergea comme force d’autodéfense à l’orée du XXe siècle dans le Yiddishland d’Europe orientale, le républicanisme armé de la seconde moitié du XXe siècle (IRA, INLA…) se régénéra en se posant comme défenseur des quartiers catholiques à partir de 1969.

Les quartiers républicains, notamment les plus défavorisés, ne sont pas imperméables à la vague réactionnaire. Mais les organisations républicaines irlandaises légales et publiques ont toutes su réagir en condamnant la violence pogromiste.

Le Sinn Féin, parti désormais institutionnalisé issu de l’IRA provisoire, principale force armée républicaine à partir de 1969, a refusé le discours raciste culpabilisant l’ensemble des migrants pour l’attaque ayant provoqué les émeutes. La jeune maire Sinn Féin de Belfast, Róis-Máire Donnelly, première magistrate gaélophone de la cité, a d’ailleurs fait l’objet de menaces de mort émanant vraisemblablement de secteurs du loyalisme. Son crime ? Avoir qualifié ces émeutes de racistes.

L’ensemble du républicanisme critique vis-à-vis du Sinn Féin (IRSP, Éirígí, Saoradh, Republican Network for Unity, Anti-Imperialist Action Ireland, Lasair Dhearg…) a fait front contre la déferlante raciste. Toutes les déclarations soulignent la duplicité des groupes loyalistes impliqués dans les émeutes racistes, prenant prétexte de la nationalité de l’agresseur, et mettent en garde ceux qui, dans leurs quartiers, pourraient vouloir s’y joindre.

Ces organisations ont su dépasser leurs clivages pour patrouiller ensemble dans les quartiers républicains de Belfast et dissuader les jeunes prolétaires de céder à la tentation émeutière. Les militants fascistes présents dans les quartiers catholiques ont été mis en garde solennellement. Les groupes s’inscrivant dans la tradition de l’autodéfense se sont déployés pour protéger les cibles potentielles.

Message de l’orga de Jeunesse de IRSP

Des républicains d’Ardoyne, quartier très proche de Glenbryn, enclave loyaliste, ont collecté de l’argent pour les victimes racisées des émeutes et ont déclaré pouvoir les accueillir dans les quartiers républicains.

La famille de l’homme grièvement blessé par le réfugié soudanais a également condamné sans équivoque la violence raciste. L’homme qui l’a secouru et qui porte un nom gaélique a lui aussi condamné le recours à l’émeute ainsi que la destruction de biens privés appartenant à des migrants ou à des personnes racisées.

communiqué numérique de l’organisation républicaine Lasair Dhearg

 

CATU (Community Action Tenants Union), le syndicat des locataires actif des deux côtés de la frontière, a également condamné clairement le caractère raciste des émeutes et invité à l’autodéfense communautaire ainsi qu’à la solidarité de voisinage avec les immigrés pris pour cible. Sans oublier de rappeler que la crise du logement n’est pas le fait des immigrés. Les groupes communautaires et antiracistes, animés par divers secteurs socialistes et républicains, ont participé à l’aide aux personnes déplacées après les attaques contre les logements.

La capacité des républicains et des socialistes à faire front, à descendre dans la rue et à occuper l’espace public a contenu, dans une certaine mesure, la contamination fasciste de quartiers prolétaires. Leur capacité d’autodéfense a clairement été évoquée et assumée. Plutôt qu’un appel à faire confiance à la justice et à la police, ils se sont appuyés sur leur capacité à s’auto-organiser.

En Bretagne, deux pôles de l’extrémisme de droite entretiennent des connexions assumées avec Sandy Row et Shankill Road : le micro-comité de rédaction du site Breizh Info et le groupe vannetais An Tour Tan. Le hooliganisme viriliste de la base sociale du loyalisme les fascine. Ces deux groupes, interfaces en Bretagne des mouvements identitaires français, ont mobilisé à Callac en 2022, aux côtés du groupe zemmouriste Reconquête et de Gilbert Collard, vieille figure du Rassemblement national, pour s’opposer à la création d’un projet d’accueil de réfugiés.

Il est bon de rappeler que, sous leur vernis bretonniste, celtophile et très vaguement régionaliste, ces groupes passent leurs vacances dans les quartiers où vivent les pogromistes de Shankill Road et qu’ils justifient les violences qu’ils souhaitent importer ici.

Ce qu’ils racontent sur l’unification de l’Irlande et de différentes communautés autour d’un rejet de l’islam et des migrants est une fable. Si des manifestations racistes ont eu lieu à Dublin à la suite de l’agression qui a provoqué les émeutes à Belfast, elles sont restées d’une intensité relativement faible.

À une toute petite échelle, ils cherchent à reproduire ici la confusion qui pourrait amener certains patriotes irlandais à considérer l’arrivée de migrants comme un danger plus grand que l’impérialisme britannique, à juger l’occupation militaire des six comtés moins grave pour la souveraineté irlandaise que les mouvements de population provoqués par le pillage de la planète, et à accepter de se plier à l’agenda politique de groupes racistes issus précisément de secteurs pro-impérialistes justifiant depuis toujours la partition de l’Irlande et la destruction de son identité gaélique.

« Let no Irishman throw a stone at the foreigner; he may hit his own clansman » (« Qu’aucun Irlandais ne jette une pierre à l’étranger ; il pourrait atteindre l’un des siens »). Telle est la parole attribuée à James Connolly, dirigeant socialiste et républicain, co-organisateur de l’insurrection de 1916.

Par romantisme, mimétisme, simplisme, interceltisme ou panceltisme, beaucoup de Bretons favorables au droit du peuple breton à décider de son destin ont cherché en Irlande une inspiration susceptible de légitimer leurs combats. La réalité met souvent à mal ces parallèles maladroits.

Depuis quelque temps, on sent bien que la tentation xénophobe gagne du terrain en Bretagne, y compris dans des milieux traditionnellement plutôt rétifs à cette déchéance intellectuelle.

À ceux qui, en Bretagne, se passionnent pour l’histoire — parfois au risque de la mythifier — nous proposons de se renseigner sur la manière dont les migrants bretons se rendant au Havre ou à Saint-Denis étaient traités entre 1860 et 1950 : stigmatisés, mal logés, méprisés et souvent présentés comme un problème social par une partie de la presse réactionnaire de l’époque.

Ils découvriront alors que, pour une fois, les paroles de James Connolly trouvent une résonance particulière dans notre propre histoire :

« Qu’aucun Irlandais ne jette une pierre à l’étranger ; il pourrait atteindre l’un des siens. »

L’histoire de l’émigration bretonne rappelle en effet que les populations qui quittent leur terre pour chercher du travail ou simplement vivre en sécurité ont souvent été accueillies par la suspicion, la discrimination et le rejet. Cette mémoire devrait nous inviter à la prudence lorsque nous portons un jugement sur ceux qui empruntent aujourd’hui des chemins semblables.

Sans nier les difficultés sociales, économiques ou culturelles que peuvent susciter les phénomènes migratoires, il convient de rappeler que la stigmatisation collective d’une population en raison de son origine n’a jamais constitué une réponse politique émancipatrice.

Les événements de Belfast montrent au contraire à quel point la colère sociale peut être détournée vers des boucs émissaires lorsque des forces politiques et idéologiques choisissent d’alimenter les peurs plutôt que de s’attaquer aux causes profondes des inégalités. Elles servent les intérêts des puissants, des états impérialistes.

Que l’on partage ou non les analyses du mouvement républicain irlandais, un fait demeure : face aux violences visant des migrants et leurs familles, l’ensemble des organisations républicaines citées dans cet article a choisi de condamner les attaques et de défendre les personnes prises pour cible plutôt que d’alimenter la logique de représailles. Sans avoir le monopole de la lutte antiraciste, elles restent et de loin les plus présentes dans la rue dans ces moments critiques. 

 

Bretagne info.

 

Le blog “Histoire en Lutte” animé par des militants antifascistes parisiens a traduit un article du groupe indépendantiste et socialiste Irlandais Eirigi sur le 106eme anniversaire de l’organisation féminine Irlandaise : Cumman na mBan. ( Conseil des femmes Irlandaises ). 

Nous le publions avec leur aimable autorisation. Bretagne-Info.

L’article publié hier sur l’ICA  ( Armée des Citoyens d’Irlande/Irish Citizen Army) abordait le parcours de Constance Markievicz, et donc son engagement dans les rangs de Cumman na mBan. Histoire en lutte en profite donc pour publier ici une traduction du parti Eirigi, à propos du 106ème anniversaire de cette organisation:

Le lancement officiel de Cumman na mBan, a eu lieu il y a 106 ans à l’hôtel Wynn’s de Dublin le 2 Avril 1914. Le lancement était présidé par Agnes O’Farrelly qui à présentée les objectifs de cette nouvelle organisation à la foule rassemblée. A l’origine le mouvement de Cumman na mBan était dominé par les femmes, les sœurs et les familles des leaders les plus connus des Irish Volunteers.

Cumman na mBan a été créé comme une organisation auxiliaire féminine de la nouvelle organisation des Irish Volunteers. Des organisations féministes bien plus radicales existaient alors déjà en Irlande comme, The Irish women’s franchise league et des militantes aux revendications féministes plus radicales étaient présentes dans les rangs de l’Irish Citizen Army.

Deux mois plus tard, John Redmond, membre du Irish Parliamentary Party, exerça son influence sur Cumman na mBan en imposant son choix de 25 personnes à la direction des Irish Volunteers. Peu de temps après le début de la Première Guerre Mondiale, Redmond créa un schisme dans le mouvement des volontaires. Il emmena la majorité de ses partisans dans un nouvelle organisation, les National Volunteers. Redmond prit alors une décision lourde de conséquences pour la vie de milliers d’Irlandais, dans l’espoir que les Britanniques respectent leur promesse d’une relative autonomie de l’Irlande au travers du Home Rule. Ces volontaires ont été envoyé rejoindre les rangs de l’armée britannique et ont versé leurs sangs pour l’empire.

A la différence de l’organisation masculine, la majorité des membres de Cumman na mBan, choisirent de rester aux côtés de l’organisation des Irish volunteers et elles militèrent énergiquement pour décourager et empêcher les engagements dans l’armée britannique. L’organisation ne cessa de grossir et ses membres étaient de plus en plus convaincues de la nécessité d’une rébellion armée contre la présence britannique. Mis à part les combattantes de l’Irish Citizen Army, toutes les autres combattantes présentes dans l’insurrection de Pâques étaient des membres de Cumman na mBan. Après le soulèvement, la proclamation de 1916 fut adoptée par l’organisation et ses militantes jouèrent un rôle vital dans la popularisation des idées républicaines. Les membres de Cumman n mBan seront très actives dans la guerre contre les Blacks and Tans et ensuite dans l’opposition à la contre-révolution.

Pour en savoir plus on passe par ici.

Le risque du rétablissement d’une frontière physique et plus formelle entre l’Irlande du Nord et le reste de l’ile  avec le Brexit suscite de nombreux articles et commentaires sur la perspective du retour de la violence armée comme seule alternative.

Si cette violence armée de résistance n’a jamais vraiment disparue, elle n’est que la forme la plus spectaculaire de la volonté du peuple Irlandais de réunifier son pays.

La tradition militante et politique locale est très marquée par le militarisme, et les commémorations en tous genres sont l’exercice obligé de tout l’arc républicain, qu’on ne saurait résumer au seul Sinn Fein.

Les autres activités politiques et campagnes retiennent peu l’attention des médias du continent, y compris les médias militants.

Ainsi la manifestation qui a eu lieu dans ce dimanche 24 novembre entre Lifford et Strabane, regroupant plus de 2000 personnes qui ont symboliquement passé outre cette frontière étrangère existant entre les deux lieux n’a pas eu beaucoup d’écho ici.

C’est le premier aboutissement de la campagne “Yes For Unity” lancée par nos camarades du Parti Républicain Socialiste Irlandais / Irish Republican Socialist Party (IRSP). En décembre 2018 à Belfast, sur Falls Road au cours d’un meeting auquel assistaient des militants de la Gauche Indépendantiste Bretonne des catalans et des Écossais, les militants de l’IRSP avait fait part de leur volonté de mettre sur pied une campagne populaire, multiforme, à la base, ouverte à tous et à toutes pour visibiliser le désir du peuple Irlandais de pouvoir choisir son destin en exerçant son droit à l’autodétermination via un référendum.

Une partie des mouvements républicains plus liés à des groupes armées toujours en activité jugent inutile cette revendication car, pour eux, le rapport de force militaire contribuera à chasser l’occupant britannique et ils tirent leur légitimité dans l’histoire de la résistance à l’occupation, de l’autre coté, le Sinn Fein (parti républicain issu de l’Ex IRA provisoire), privilégie la participation aux institutions et au jeu électoral traditionnel et intégré.

Enfin, même entre ceux qui sont favorables à la tenue d’une consultation tous ne s’accordent pas sur le cadre dans lequel un référendum devra se tenir. Dans la cadre de ce qui est mentionné par les accords du vendredi saint qui prévoient une consultation frontalière bien nébuleuse ? A l’initiative de la seule “République d’Irlande” ? De façon auto-organisée ?

Ar Gwenn-ha-Du e penn ar vanif !

La mobilisation de ce dimanche à Strabane, peu éloignée de Derry fief républicain, a sans doute contribué à donner du crédit à la tactique de l’IRSP car c’est une manifestation familiale, populaire, jeune et unitaire qui a pu se tenir, sans aucun incident.

De nombreux militants de divers sensibilités et des élus du Sinn Fein et de son organisation de jeunesse étaient présents, mais aussi des conseillers républicains indépendants qualifiés facilement de “dissidents” par la presse, des syndicalistes, des féministes également, tous comme des drapeaux écossais, catalans, galiciens et bretons pour marquer le fait que cette revendication d’une Irlande réunifiée s’inscrit dans un mouvement global en Europe en faveur de la démocratie, et doit être portée par ceux et celles ayant un intérêt à donner un contenu social à la réunification.

Tweet de l’organisation de jeunesse de Sinn Fein

Comme pour donner de l’écho à cette mobilisation réussie de la plateforme “Yes For Unity”, un sondage indique ce 24 novembre que 51 % des Irlandais du sud souhaitent la tenue d’un référendum sur l’unité de l’Irlande. Un sondage qui indique également que dans la tranche 18-24 ans ce sont 70 % des sondés qui valident cette option.

C’est donc un excellent début de campagne pour remettre la souveraineté populaire et le progrès social au cœur du débat de la réunification de l’Irlande qui a eu lieu ce dimanche 25 novembre. Même si bien sur le débat sur le cadre dans lequel ce référendum devra avoir lieu risque d’alimenter les échanges entre les différentes tendances du républicanisme.

Tweet de l’orga de jeunesse de l’IRSP.

Des Catalan.e.s et ds Galicien.ne.s à Strabane

Le Non à l’indépendance de la “Nouvelle-Calédonie” l’a donc emporté avec 56,7% des voix (78.734 votes) contre 43,3% (60.199 votes) pour le Oui. Notre camarade Gael Roblin réagit à titre personnel au résultat.

Ainsi donc il y aurait eu un référendum d’autodétermination en Kanaky il y a quelques jours. C’est ce que l’on peut entendre dire ou lire ici et là, surtout en métropole j’imagine. Pendant deux mois, pas un mot sur le scrutin dans les grands médias français et depuis quelques jours de nombreux éditorialistes ont fait campagne pour le “Non” à l’indépendance qui avait toutes les chances de l’emporter.

En Bretagne, nous avons eu droit au matraquage de nos quotidiens qui ont apporté leur soutien à la France impériale. Ouest-France a ainsi donné la parole en une au point de vue du député LR de la Manche Philippe Gosselin, membre de la mission sur la Nouvelle-Calédonie célébrant le “génie institutionnel” (sic) de la France et faisant comprendre que cette dernière comptait bien garder son contrôle sur cette partie de ses colonies quoi qu’il advienne. Il y appelait à des relations néo-coloniales si l’indépendance était votée le 04 novembre malgré une majorité écrasante de colons. Rappelons que Ouest-France est le premier quotidien régional en terme de lectorat.

La très partiale Christine Clerc plumitive dans la presse réactionnaire (Figaro etc…) a eu droit à une tribune ultra colonialiste puant l’Algérie Française dans le Télégramme, dans lequel elle se réjouissait de la progression de la politique d’assimilation en Kanaky, vantant le bonheur d’être français pour progresser socialement et prédisant des violences urbaines imputables à de jeunes Kanaks en cas de victoire du “Non”.

La suffisance impérialiste, la franchise du très sale soutien de Christine Clerc et Philippe Gosselin qui défendent les intérêts de leur classe de parasites, à l’apartheid et au colonialisme français n’a rien d’étonnant. Mais la dépolitisation ambiante a aussi amené des forces “autonomistes” ou “régionalistes” à voir dans le scrutin du 04 novembre un référendum d’autodétermination, en témoigne cet étrange communiqué de la Fédération Régions et Peuples Solidaires qui fédère les forces bretonnes, basques, corses, occitanes et alsaciennes se réclamant de l’autonomisme et du régionalisme… Ce communiqué signé Roccu GAROBY affirme “il appartient désormais aux  Néocalédoniens eux-mêmes et à personne d’autre, de choisir entre deux projets de société” et est intitulé “Référendum en Nouvelle-Calédonie, un vote d’autodétermination enfin !”. Par trois fois c’est le terme “Néo-Caledonien” qui est utilisé — et il n’est pas neutre — et son utilisation prouve bien qu’il ne s’agissait pas d’un référendum d’autodétermination le 04 novembre, mais plutôt d’un référendum de “co-détermination”.

Car la question posée était : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». “Nouvelle-Calédonie” et pas “Kanaky” et c’est là que le bât blesse.

Raphael Constant, militant anticolonialiste Martiniquais et avocat, a signé une brillante tribune sur le portail  “Montray Kreol” intitulé : “la supercherie de la consultation du 04 novembre” où il affirme “l’accord en lui-même reconnait le droit aux colons de s’exprimer sur l’avenir de la colonie, ce qui est exactement le contraire du droit à l’autodétermination. En fait, les Caldoches, installés par la violence, voient leur présence et domination entérinées par ceux qu’ils ont exploités et pillés pendant plus d’un siècle.”

La souveraineté de la Nouvelle-Calédonie n’est pas le droit à l’indépendance de Kanaky !

Bien sûr, beaucoup de forces historiques de l’indépendantisme Kanak membre du FLNKS ont appellé à voté “OUI” au scrutin et visiblement ils ont été entendus par de très nombreux jeunes, la victoire du NON étant moins écrasante que prévue. De ce point de vue le score du “OUI” témoigne d’une persistance remarquable de la conscience nationale Kanak malgré la violence de la terreur coloniale qui règne sur Kanaky depuis 1860. Mais les indépendantistes de l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et Exploités) et du Parti Travailliste de Kanaky qui avaient appelé à la non participation n’ont pas moins fait preuve d’une telle conscience particulièrement aiguisée.

Mina Kherfi, représentante du PT en métropole de passage à Nantes (en Bretagne) à l’université de la Gauche Indépendantiste Bretonne fin septembre, affirmait que c’est parce que c’est la puissance coloniale française qui délimite le corps électoral, et qui détermine la question posée en imposant le concept de Calédonie à celui de Kanaky que le PT et l’USTKE appelait à la non participation.

La question de la non-inscription d’office de milliers de Kanaks sur les listes électorales — donc privés de droit au scrutin — a aussi été un argument pour la non participation.

Rock Haocas, membre du Parti travailliste et secrétaire confédéral en charge de la communication et des relations extérieures de l’USTKE ne disait pas autre chose sur le site du NPA quelques semaines après, en insistant sur les conditions de vie désastreuses des Kanaks du point de vue social et le caractère “insincère” des listes d’inscrits.

Et, visiblement, là où ces forces sont implantées comme à Ouvéa, le taux de participation s’en est ressenti.

Si le peuple Kanak est devenu minoritaire sur son territoire c’est dû au colonialisme. Dans les zones, les communes où il est majoritaire le “OUI” à l’indépendance est majoritaire.

C’est tellement évident que Phillipe Gomes, leader d’un parti anti-indépendance Calédonie Ensemble, déclare que l’hypothèse d’un vote favorable à l’indépendance est « strictement impossible. Tous les scrutins ces 20 dernières années donnent les listes non-indépendantistes majoritaires avec près de 60 % des voix et les listes indépendantistes avec 40 % des voix. Sur les 169 000 électeurs, on a 92 000 électeurs non-kanak et 77 000 électeurs kanak. Le rapport de force est défavorable à ceux qui portent la revendication de l’indépendance

L’indépendantiste Martiniquais Raphael Constant résume les faits ainsi : “Le seul exercice du droit des peuples consisterait à ne consulter que le peuple dominé qui a été spolié, le peuple kanak“, pas les colons composante du “peuple calédonien”.

Certains leaders indépendantistes Catalans dénonçant avec raison la violence espagnole contre la tenue de leur référendum auto-organisé de 2017 ont même parait-il loué les conditions dans lesquelles se déroulaient la consultation en Kanaky. Mais sans doute ne savent-ils pas que ce vote s’est déroulé suite aux accords de Nouméa de 1988, mis en place comme le rappelle toujours Raphael Constant : “suite au massacre de Hienghène en 1984 où 10 Kanaks (dont deux frères du Président Tjibaou) sont tués par des Caldoches. Les assassins seront acquittés par la justice française. Souvenons-nous de l’assassinat d’Eloi Machoro, le chef militaire de la branche militaire du FNLKS, par le GIGN en janvier 1985. Assassinat resté impuni. Souvenons-nous du massacre de la grotte d’Ouvéa où les militaires français ont achevé 19 Kanaks en toute impunité. “

Ce vote est le résultant d’un compromis de co-détermination entre une partie des nationalistes Kanaks, défaits militairement et acceptant à partir de 1988 par les accords de Nouméa de participer à la gestion d’une des trois provinces, et le congrès qui compose ce que le pouvoir français présente comme la Nouvelle-Calédonie. Même wikipédia nous l’explique avec beaucoup de clarté, parler de Peuple Caledonien c’est parler  de “La citoyenneté néocalédonienne ou citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie  qui est une qualité juridique particulière au sein de la Nationalité Française“. On est bien loin du concept de droit à l’autodétermination.

Il n’est pas inexact de parler de codétermination car les accords de Matignon en 1988 — qui ont aboutit au référendum de 2018 — ont été validés par “le peuple français” par le référendum de novembre 1988 (oui un vote en métropole sur la Kanaky !). À la question : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et portant dispositions statutaires et préparatoires à l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 1998 ? », 80 % des suffrages exprimés furent positifs, la participation faible (37 %). Les blancs et nuls ne représentèrent que 12 % des votes.

Il y a donc bien deux agrégats (deux électorats) distincts, aux intérêts antagoniques, l’un dominant, l’autre issu de la colonisation qui ont été consultés.

L’Irlande, un autre cas de co-détermination.

En 2016, avec un autre camarade, j’ai contribué a publier en français un brillant essai politique de Liam O Ruairc intitulé “Paix ou Pacification ? L’irlande du Nord aprés la défaite de l’IRA” et la relecture de cet ouvrage aux lendemains de la “consultation” en Kanaky peut nous éclairer, nous servir à déterminer ce qui relève de l’exercice du droit à l’autodétermination et ce qui n’en relève pas. Il y rappelle tout d’abord que le droit à l’autodétermination est un acte de libération à caractère révolutionnaire, de part ses origines dans le mouvement ouvrier, qu’à ce titre ce concept est lié aux luttes des peuples colonisés pour leur émancipation nationale. Si le droit à l’autodétermination d’un point de vue juridique a été soulevé par la communauté internationale pour le Timor Oriental ou la Palestine, il ne l’a jamais été pour l’Irlande. Car le poids international de la puissance internationale de la monarchie Britannique lui a permis de présenter le conflit nord Irlandais comme un problème essentiellement domestique en l’empêchant de devenir un problème juridique à l’échelle internationale.  C’est très précisément le tour de force que vient de réussir le pouvoir français avec ce concept de citoyenneté calédonienne. Le légitimer, le renforcer en parlant d’autodétermination  néo-calédonienne pour ce vote n’est pas très dé-colonial.

Liam O Ruairc citant Amy Maguire dans la Griffith Law Review en 2013, ajoute “Le droit international reste insuffisamment décolonisé : ce que des études récentes ont souligné au sujet de l’Irlande du Nord ou des aborigènes d’Australie par exemple une lecture “contre hégémonique” de ce que le droit international entend par colonialisme et autodétermination est nécessaire dans ces deux cas, qui montrent qu’au 21e siècle la décolonisation reste un projet inachevé”.

Mina Kherfi, représentante du PT et adhérente USTKE, a expliqué la position de non-participation de ces deux formations pour ce référendum en détaillant des faits sociaux :

  • taux de chômage chez les Kanaks : 26 % contre 7 % chez les non-Kanaks ;
  • 57 % des non-diplômés sont Kanaks : on compte seulement 6 % de diplômés de l’enseignement supérieur chez les Kanaks
  • 85 % des chefs d’entreprise et 75 % des cadres supérieurs sont des métropolitains ; par contre 75 % des ouvriers sont Kanaks.

Une violence sociale forte envoyant des jeunes kanaks en nombre derrière les barreaux (90 % de la population carcérale est d’origine kanak, des faits principalement dus à l’alcool), un taux de suicide inquiétant, l’échec scolaire, le chômage, les jeunes sont écartelés entre les valeurs coutumières et le monde occidental et peinent à trouver leur place dans une société dominée par les Européens et l’argent.

Voila une démonstration simple et chiffrée prouvant bien que la Kanaky est encore et aussi une colonie au 21e siècle.

Mais revenons en à l’Irlande. En 1998, suite aux accords du Vendredi Saint, les Irlandais furent invités en deux fois à voter sur deux questions différentes pour valider ces accords mettant fin à une phase du conflit provoqué par l’occupation de l’Ile (qui perdure). Au nord les électeurs ont voté “Oui” à la question “Approuvez vous l’accord issu des négociations entre les différents partis sur L’Irlande du Nord” et au sud “Approuvez vous la loi de 1998 sur la 19ème modification de la constitution“. Même Gerry Adams, chef du Sinn Fein et artisan de cet accord, s’accorde à dire que ce n’est pas un référendum d’autodétermination. Comment qualifier de tel un processus de vote mené sur la base de la définition des corps électoraux par des oppresseurs et non par les seuls opprimés !

Jonathan Tonge, ex-président de l’association des politologues britanniques, se livre à propos des votes au nord et au sud de l’Irlande à ce constat : “étant donné que la préférence de l’agrégat (de l’électorat Irlandais dans son ensemble) se porte vers l’unité irlandaise il est pour le moins douteux de considérer comme un acte d’autodétermination un référendum qui exclut précisément cette option“.

Pour paraphraser Jonathan Tonge, j’affirme que ce qui fonde l’action nationaliste Kanak c’est le refus du colonialisme français, de l’assimilation et c’est l’affirmation de cette conscience nationale Kanak qui s’est manifesté sous bien des formes, c’est l’affirmation résistante du droit du seul peuple Kanak à la libre disposition de son territoire. Étant donné que la préférence du seul peuple Kanak ayant voté ou n’ayant pas participé au vote du 04 novembre est majoritairement favorable à l’exercice décolonial et contre hégémonique du droit à l’autodétermination et à la libre disposition de son territoire, il est pour le moins douteux de considérer comme un acte d’autodétermination un référendum qui exclut précisément cette option. Le seul sujet politique légitime pour un référendum d’autodétermination c’est le peuple opprimé !

En guise de conclusion provisoire.

Il est difficile d’être un bon allié non paternaliste des Kanaks ou des autres peuples sous domination française hors métropole et de ne pas reproduire de comportement coloniaux de gauche lorsque l’on milite soi même au sein de la métropole impérialiste.

On peut essayer d’être un allié internationaliste en refusant de porter les valises sémantiques de l’impérialisme français, qu’en tant que révolutionnaire de l’hexagone on doit combattre et dénoncer. Cela veut dire qu’il faut expliquer que ce référendum ne correspondait pas à l’exercice du droit à l’autodétermination. C’est aux Kanaks de dire qui doit voter, où et quand on doit voter, et quelle est la question posée.

Nous avons à apprendre des Kanaks et non l’inverse.

Les Bretons, les Basques, les Catalans du Nord, les Corses, les Occitans et tous les autres qui veulent légitimement plus de souveraineté pour leur territoires en métropole (qui ne sont pas des colonies mais des nations sans état) devraient cesser de réfléchir dans le cadre étroit du droit français, de la loi NoTre, du droit d’option et de la réforme territoriale et des autres fariboles régionalistes inventées par ceux qui ont spoliés le peuple Kanak de son droit à décider.

Le droit à l’autodétermination ne se quémande pas il s’exerce.

Vive Kanaky indépendante et socialiste !

Gael Roblin militant communiste révolutionnaire de la Gauche Indépendantiste Bretonne.

 

Radio Paese, l’émission Corse de FPP à Paris, a diffusé un entretien avec Liam Ó Ruairc à propos de son livre “Paix ou pacification : l’Irlande du Nord après la défaite de l’IRA” (édition Stourmomp).

L’interview se trouve vers la 18ème minute environ et Liam Ó Ruairc y évoque plusieurs thèmes durant un quart d’heure : Brexit, accords du Vendredi Saint, situation économique et politique en Irlande du Nord, …

Il y a quelques jours, Michelle O’Neill — dirigeante du Sinn Fein depuis quelques semaines suite à la démission de Martin Mac Guiness, lui même décédé ce 21 mars — avait appelé à un référendum « pour que l’Irlande du Nord quitte “le plus rapidement possible” la Grande-Bretagne et se joigne à la République d’Irlande ». Les commentaires ont été nombreux. Voici la réaction de la féministe et socialiste républicaine Bernadette Devlin-McAliskey. Elle fut au début des années 1970 élue au parlement de Westminster et fondatrice du Parti Républicain Socialiste Irlandais (IRSP), qu’elle quitta par la suite. Sa position nous a semblé intéressante car elle souligne combien l’exercice référendaire ne saurait être laissé entre les mains des états existants tant quand sa formulation qu’a son périmètre. Nous remercions une fois de plus vivement Liam O’ Ruairc pour son travail de compilation et de traduction.

Bretagne-info.

La semaine dernière Bernadette Devlin-McAliskey a réagit dans les médias aux appels faits par le Sinn Féin pour qu’un référendum sur la frontière soit organisé en Irlande du Nord. (1) L’ancienne députée au parlement de Westminster à Londres, Bernadette McAliskey, qui a plus tôt cette semaine qualifié les dirigeants politiques des deux parties de l’Irlande d’ “idiots” et a avoué qu’elle ne voudrait pas faire partie d’une Irlande unie géré par eux, a affirmé qu’un référendum sur la frontière n’est pas sur les cartes, et que le Sinn Féin sait que c’est le cas. McAliskey ajoute aussi que le Sinn Féin ne voulait pas une Irlande unie que le parti ne pouvait pas contrôler.

Mme McAliskey, qui fut l’une des premières personnalités à prévoir — longtemps avant l’accord du Vendredi Saint — que le Sinn Fein accepterait un règlement partitioniste en Irlande du Nord, a déclaré que le parti avait réclamé un référendum sur l’unité irlandaise « confiant qu’il n’aura pas lieu ». La socialiste de 69 ans, qui en 1969 est devenue la plus jeune député de Westminster à l’époque, à l’âge de 21 ans, a déclaré que le Sinn Féin ne voulait pas un référendum qu’il est certain de perdre. « C’est une distraction délibérée loin des réalités auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui»  dit-elle. Mme McAliskey, qui a été témoin de la fusillade du dimanche sanglant par le régiment de parachutistes dans le Bogside en 1972, a déclaré que les dirigeants du parti avaient demandé un référendum sachant qu’il n’y a aucune chance que ce dernier ai lieu.

Bernadette Devlin MacAliskey dans les années 70
Bernadette Devlin MacAliskey dans les années 70

McAliskey dit que non seulement un référendum sur la frontière n’a aucune chance, mais que certains des républicains de la vieille école, non-alignés au Sinn Féin, pourraient boycotter le plébiscite plutôt que voter pour l’unité. « Je ne demanderais pas à un chien de vivre dans la République irlandaise existante », dit-elle. « Alors, pourquoi irais-je voter pour y vivre ? Il n’y a aucune menace pour l’Union », affirme le vétéran des droits civiques. « Il y a plus de chance que l’État libre (ie sud de l’Irlande) revienne dans le Commonwealth avec une note d’excuse ».

McAliskey a dit qu’elle souhaitait voir l’unité irlandaise, mais pas avec les administrations actuelles en charge. « Est-ce que je pense que tous les habitants de cette petite île seraient en meilleure position si nous avions un plan stratégique cohérent, unitaire et unique pour l’avantage économique et social de tout le monde sur l’ensemble de l’île ? Je le pense. » Mais elle indique que cet objectif ne peut être réalisé en incorporant le nord dans le sud tels qu’ils existent actuellement. « Est-ce que je pense que les gens qui souscrivent à l’idéologie politique dominante — allant de Fine Gael et Fianna Fail, jusqu’à Sinn Féin, le SDLP et les Unionistes et le DUP – doivent gérer le pays ? Non. » Rappelant une célèbre citation d’un autre républicain, Brendan Behan (« Je ne peux penser à aucun état de misère humaine qui ne puisse être aggravé par l’arrivée sur les lieux d’un policier »), Mme McAliskey déclare : « Je ne peux penser à aucun état de misère humaine, que soit au nord ou au sud de la frontière, à ce stade, qui ne serait pas énormément empiré en mettant les idiots qui gèrent les administration des deux côtés de la frontière ensemble dans un même état. »

Hier, Mme McAliskey a dit : « Voudrais-je voir les gens faire une décision démocratique sur la nature de leur gouvernement indépendamment du gouvernement britannique ? Oui, je le souhaiterais. Mais est-ce la même chose que d’avoir un référendum sur ‘Voulez-vous rejoindre la République?’ – ce n’est pas le cas. Est-ce que je souhaite démanteler la République d’Irlande ? Oui. Est-ce que je souhaite démanteler l’état dans le Nord ? Je répond affirmativement. » Mme McAliskey déclare : « Je voudrais recommencer et avoir une conférence constitutionnelle, une série de discussions et de débats clairs et un processus démocratique pour construire une nouvelle république indépendante à laquelle tout le monde pourrait avoir un sentiment d’appartenance ». Mais elle a insisté sur le fait qu’elle ne croyait pas que la façon de le réaliser était aussi simple que de voter dans un référendum sur la frontière avec une question qui ne concernait pas les vrais problèmes.

(1) Voir : Gerry Moriarty, A united Ireland – is there something in the air? Irish Times 13 March 2017 et Ivan Little, Bernadette McAliskey: ‘Sinn Fein’s talk of border poll is game-play, it doesn’t want united Ireland it can’t control’, Belfast Telegraph 15 March 2017

Rencontre avec Liam Ó Ruairc, écrivain républicain et socialiste Irlandais, à l’occasion du 27ème festival du livre de Carhaix qui avait lieu les 29 et 30 octobre et qui était consacré à l’Irlande.
Liam Ó Ruairc, originaire de Belfast, venait en effet de publier : « Paix ou Pacification ? L’Irlande du Nord après la défaite de l’IRA » aux éditions “Stourmomp”.
Un ouvrage qu’il présente comme ceci :

« Depuis des années, les pouvoirs dominants et leurs médias vantent les mérites du « processus de paix » nord irlandais. La présente étude cherche à montrer que ce processus n’arrive pas à lier “paix” et “justice” et que pour cela il est plus exact de parler de « processus de pacification ».
Contre les discours dominants réduisant ce qu’on appelle la “question irlandaise” à un problème insulaire et à des haines ancestrales, cette étude la place dans le contexte du colonialisme, de l’impérialisme et des luttes de libération. »

Un toullad a strolladoù dizalc’hour deus Europa ar c’hornog a zo aet da La Habana da rentañ enor da Fidel Castro, evel m’o deus graet kalz a aozadurioù araokour ha dispac’hour deus ar bed a-bezh evit obidoù penn-bras komunourien Kuba.
Setu m’eo bet gwelet Nicolas Maduro e penn ar Venezuela hag ar bolivianad Evo Morales e La Habana, da skouer.
Kement-mañ zo bet graet gant Gerry Adams eus ar strollad republikan iwerzhonat Sinn Fein. Evel holl skourrioù deus familh republikan e strollad en deus kanet meuleudioù al leader maximo a zo chomet e kalon republikaned an enezenn c’hlas pa oa bet unan eus ar re nemeto war an dachenn etrebroadel o reiñ sikour d’ar brizonidi politikel o devoa yunet betek ar marv e toulloù-bac’h Thatcher.

ur blakenn e koun Bobby Sands hag e gamaladed e Kuba

Dilennidi ar c’hCUP (Candidaturas d’Unidad Popular) o deus tapet ar c’harr-nij da vont etrezek Kuba ivez evit reiñ da c’houzout e chome Fidel ur skouer evit dizalc’hourien Katalounia hag evit kas o salud dispac’hour hag etrebroadelour da bobl Kuba. En o zouez e ranker ober anv eus Anna Gabriel Sabaté, kannadez ar c’HCUP e parlamant Barcelona.

Evel e Katalounia, ur wezh gouvezet e oa aet Fidel da anaon ez eus bet kalz a vanifestadegoù , bras a-walc’h evit lod, e straedoù Bro-Euskal e koun stourmer meur Kuba. Fellout a rae da Arnaldo Otegi, penn Bildu (tu-kleiz dizalc’hour bro-Euskal) mont da La Habana ivez da baieañ dlee ideologel paotred ha merc’hed Euskadi dieub ha sokialour da Fidel Castro ha d’e vroad. Ur wezh degouezhet e aerborzh Miarritze n’en deus ket gellet Otegi pignat e bourzh an nijerezh kar en deus nac’het ar Stadoù-unanet e tremenje a-us d’o ziriad ur c’harr-nij ennañ un den bet kondaonet evit “sponterezh” eveltañ (bet eo d’ar prizon div wezh evit ETA hag evit e labour e penn Batasuna). Pilpous a-walc’h eo, pa ouezer o deus klasket servijoù kuzh ar Stadoù-Unanet lazhañ Fidel ur 638 gwezh bennak ! Un 20 euskarad bennak oberiant e ETA o dije kavet repu e Kuba  etre ar bloavezhioù 1970 hag hiziv-an-deiz.

 galiza

Stank eo bet e Galiza ar c’hemennadennoù hag an tolpadegoù da gimiadiñ diouzh dispac’hour ar Sierra Maestra, moarvat stankoc’h eget e kornioù all eus Stad Spagn kar e oa tad Fidel a orin eus Galiza. E unan eus an dibunadegoù bet dalc’het e Sant-Jakez ez eus bet huchet “Bevet Kuba ha Galiza Sokialour !”. N’eo ket souezhus e vije tomm Kuba ha Fidel da galon dizalc’hourien Galiza kar ez eo er vro-se e oa bet krouet ar strollad broadelour kentañ gant divroidi eus Galiza hag e chom Kuba skouer ar vroad vihan ,bet un drevadenn, a zo deuet a-benn d’en em zieubiñ eus krabannoù Madrid.

A l’occasion de la venue de Liam Ó Ruairc en Bretagne venu pour y présenter son livre « Paix ou Pacification ? L’Irlande du Nord après la défaite de l’IRA » paru aux éditions STOURMOMP, les militants du NPA Finistère ont réalisé cette entrevue avec l’auteur. Nous la republions donc.

Question : Quelles sont les principales thèses défendues par cet ouvrage ?

L’État britannique sort vainqueur du conflit qui l’a opposé à l’IRA durant des années.

Les républicains irlandais acceptent à présent les termes politiques pour la résolution du conflit proposés par leur adversaire depuis 1972.

La souveraineté de l’État britannique (sur les 6 comtés) a été renforcée par les Accords de 1998.

Ces Accords loin d’être un compromis honorable représentent un changement constitutionnel déséquilibré en faveur de l’unionisme. Pour reprendre les mots de Tony Blair, Premier Ministre britannique : « Ces Accords offrent aux unionistes toutes les exigences-clés qu’ils ont formulées depuis la partition il y a 80 ans. »

Si on traduisait la chose en langage syndical, on devrait dire que la direction républicaine a réussi à obtenir une semaine de six jours et une baisse des salaires. Le Sinn Féin déguise son échec stratégique comme une ‘nouvelle phase de la lutte’. C’est un peu comme ce général qui aurait un jour déclaré ‘nous ne reculons pas, nous manœuvrons’.

Mais comme l’a souligné Bernadette Devlin-McAliskey, d’un point de vue républicain le proces- sus de paix ne pouvait être qu’« idéologiquement mauvais et tactiquement stupide » ; vu que son objectif principal était « la dé-militarisation, la dé-radicalisation et la dé-mobilisation du mouvement de résistance » et cela s’est avéré vrai. Non seulement cela représente une défaite pour le républicanisme, mais le Sinn Féin rejoint le système auquel il était opposé.

Ce à quoi le processus a aboutit est au mieux une espèce de version irlandaise du pacte Hitler-Staline plutôt qu’un modèle pour la paix mondiale.

L’ouvrage montre aussi que le ‘processus de paix’ en Irlande du Nord n’est pas seulement politique, mais comprend également un volet économique basé sur l’idée que le néo-libéralisme favorise la paix et la prospérité. Dans ce village Potemkine de la paix néo-libérale qu’est l’Irlande du Nord, l’ouvrage prouve que ceux qui ont été le plus affectés par le conflit ne sont pas ceux qui bénéficient des supposés ‘dividendes de la paix’ et dans beaucoup de cas leur situation sociale et économique s’est détériorée depuis 1998.

Ce qui existe aujourd’hui en Irlande du Nord est un simulacre de paix et pas une paix véritable, car ce n’est pas une paix fondée sur la vérité (l’idée de vérité est vue comme néfaste), la liberté (vu que la domination de l’État britannique a été renforcée) et l’égalité (étant donné que les inégalités sociales et économiques se sont approfondies). C’est pour cela qu’il est préférable de parler de ‘processus de pacification’ au lieu de ‘processus de paix’. Le ‘processus de paix’ ne peut pas même être qualifié de ‘révolution passive’.

Il faut aussi souligner que cet ouvrage critique non la ‘paix’ mais le ‘processus’. Que l’IRA mette fin à ses actions armées est une chose qui peut se comprendre mais le Sinn Féin rejoindre le camp adverse une autre !

liamorourke

L’ouvrage donne une grande importance au contexte historico-mondial. Pourquoi ?

Il est erroné de voir l’Irlande du Nord comme un problème ‘insulaire’. Il faut voir cette question dans le cadre global de l’impérialisme et des luttes de libération. La résistance irlandaise a été très fortement associée à la montée des mouvements anti-impérialistes et anti-coloniaux. Le ‘processus de paix’ est un symptome de la crise et du déclin de ces mouvements à l’échelle internationale.

Le changement des rapports de force à l’échelle internationale après la chute de ce qu’on appelait le ‘socialisme réellement existant’ a mis les mouvements de libération nationale ‘réellement existants’ et autres forces anti-systémiques dans une position de faiblesse et les force à accepter des termes défavorables. C’est dans ce contexte qu’il faut voir le processus de pacification et ce qui l’a rendu possible. Le ‘processus de paix’ est la version irlandaise de la thèse proclamée par l’idéologue de la Maison Blanche Francis Fukuyama de la ‘fin de l’histoire’.

Comment expliquer que le gros des sympathisants du Sinn Féin et de l’IRA Provisional soient restés loyaux au mouvement et sa direction alors que ceux-ci ont abandonné les principes républicains ?

Le fait d’être loyal au mouvement plutôt qu’à l’idéologie est le facteur décisif. Le vétéran républicain Brendan Hughes rappelait que le mouvement a toujours exploité la loyauté de ses membres. Cela indique la primauté de l’unité organisationnelle sur l’unité autour de principes idéologiques. C’est la version irlandaise de la maxime social-démocrate ‘le mouvement est tout, les principes ne sont rien’.

Un autre point important est que la direction du Sinn Féin et de l’IRA est arrivée à vendre à leur base la dilution de leurs principes en déclarant que ce n’étaient pas des ‘principes’ mais des ‘tactiques’. La confusion délibérée des principes et des tactiques débouche sur une situation ou il n’y a plus aucun principe et tout est juste une ‘tactique’.

En termes de comparaison internationale, le journaliste et politologue Kevin Rafter ne trouve pas d’autre exemple de mouvements politiques qui ont été aussi loin que le Sinn Féin et l’IRA dans la dilution de leurs principes fondamentaux : « Aucun autre parti politique en Europe n’a subi une telle révision radicale de ses principes de base, pas même les anciens partis communistes en Europe centrale et orientale qui se sont transformés en entités sociales démocrates au lendemain de la chute du bloc soviétique » écrit-il dans son livre de 2005 sur le Sinn Féin.

Sur cette base il est possible de déguiser l’opportunisme en ‘pragmatisme’ et ‘réalisme’.

En termes de couverture médiatique ce sont les organisations républicaines voulant poursuivre la lutte armée qui reçoivent le plus d’attention. Que penser de celles-ci ?

Pour utiliser les termes de Gramsci, ces organisations veulent engager une « guerre de mouve- ment » alors que non seulement on n’est pas même capable de se lancer dans une « guerre de position » mais l’heure est à battre en retraite stratégique !

Le dirigeant républicain Brendan Hughes soulignait qu’en Irlande du Nord non seulement les gens en ont marre de la guerre, mais ils en ont marre de la politique tout court. Il n’y a aucun appétit pour la guerre et très peu d’intérêt pour la politique. On vit dans une époque thermidorienne où on assiste à l’atomisation, la dépolitisation, la dé-mobilisation et la dé-radicalisation des acteurs sociaux et politiques. Le capitalisme malheureusement semble l’ horizon indépassable de notre temps.

Ces organisations mènent des actions armées mais n’ont même pas commencé à se lancer dans la bataille des idées. La bataille la plus importante à mener aujourd’hui est la bataille des idées. L’impératif est de forger une « direction intellectuelle et morale » (pour encore emprunter un concept gramscien) et non des actions armées qui ont des effets politiques très réduits.

Cet ouvrage éspère contribuer à cette bataille des idées et offrir un contrepoids à la ‘propa- gande de la paix’ qui domine aujourd’hui le discours sur l’Irlande du Nord. Pour conclure en termes de perspectives: « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté »…

Le 27ème festival du livre de Carhaix (29 et 30 octobre) est consacré à l’Irlande. Ce rendez-vous incontournable de l’édition et du livre en Bretagne n’hésite pas à choisir des thèmes à la frontière du culturel et du politique. En consacrant son édition de 2016 à L’Irlande, 100 ans après l’insurrection de 1916 le festival ne déroge pas à cette tradition.

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Le programme et la liste des auteurs et éditeurs présents (de langue bretonne ou de langue française) est consultable ici et . Un certain nombre d’auteurs Irlandais et d’officiels de la république d’Irlande seront présents.

Par ailleurs un colloque aura lieu le vendredi 28 et le samedi 29 octobre coorganisé par le C.R.B.C. de l’Université de Rennes 2 et en partenariat avec l’association Breizh-Eire sur l’histoire des relations britto-irlandaises.

paix_ou_pacification_l_irlande_apres_la_defaite_de_l_ira_liam_o_ruairc_stourmomp
Nous attirons votre attention sur la présence à ce festival incontournable de Liam Ó Ruairc, écrivain républicain et socialiste Irlandais de Belfast qui vient de publier : « Paix ou Pacification ? L’Irlande du Nord après la défaite de l’IRA » aux éditions “Stourmomp”.

Un ouvrage qu’il présente comme ceci :

“Depuis des années, les pouvoirs dominants et leurs médias vantent les mérites du «processus de paix» nord irlandais. La présente étude cherche à montrer que ce processus n’arrive pas à lier «paix» et «justice» et que pour cela il est plus exact de parler de «processus de pacification».
Contre les discours dominants réduisant ce qu’on appelle la «
question irlandaise» à un problème insulaire et à des haines ancestrales, cette étude la place dans le contexte du colonialisme, de l’impérialisme et des luttes de libération.”

Il viendra pour présenter son livre le vendredi 28 octobre à Guingamp au Centre Culturel Breton à 18H30 (vente et signature sur place). Ce sera un moment privilégié pour discuter avec ce partisan de l’Irlande réunifiée et néanmoins universitaire stimulant, qui jette un regard critique sur la pacification.

Pendant le festival du livre de Carhaix vous pourrez le rencontrer le samedi de 14h00 à 16h00 et le dimanche de 10h00 à 12h00 sur le stand des éditions Coop Breizh qui distribue l’ouvrage.

Le livre est disponible en pré-vente pour 14 €, frais de port inclus pour l’hexagone sur le blog de Stourmomp qui est un collectif militant pour l’édition et la diffusion de matériel (en français ou en breton) de réflexion au service de la construction d’une république bretonne, libre, réunifiée, brittophone, socialiste et féministe dans une perspective internationaliste.