Suite de la chronique Québecoise sur les élections provinciales du 04 octobre entamée ici. Merci à notre correspondant !
Raz de marée de la CAQ
Coup de tonnerre sur la Belle Province. La CAQ (Coalition Avenir Québec) rafle 74 des 125 sièges du parlement du Québec, avec près de 37,5% des suffrages exprimés. Le parti, dirigé par l’homme d’affaire millionnaire François Legault, obtient donc la majorité absolue, ce qui lui permettra d’appliquer son programme politique sans entrave. En tant que socialiste, on ne peut que s’alarmer de cette situation. Le projet de Legault ne diffère pas celui de Trump aux Etats-Unis : exploitation débridée de l’écosystème, « rééquilibrage » du budget à coup de coupes dans les secteurs sociaux ainsi que rejet des immigrants, en particulier des musulmans, comme le montre une des premières mesures annoncée par la CAQ qui consiste à interdire les signes religieux pour les employés du gouvernement (les fonctionnaires étaient notamment autorisés à porter le voile). Que ceux qui doutent encore de l’orientation politique de la CAQ constatent par eux-mêmes que la personnalité politique française qui s’est réjouie de ce que « contrairement à ce que serinaient les libéraux immigrationnistes béats, les Québécois ont votés pour moins d’immigration » n’est autre que Marine Le Pen. Il est certain que des propositions identitaires comme le test de valeurs québécoises pour les immigrés n’a plus que plaire à la dirigeante du Rassemblement National.
François Legault en compagnie du Premier Ministre canadien Justin Trudeau
Fin du règne libéral et désintégration du Parti Québécois
Cependant, annoncer que le Québec serait devenu un pays de droite serait présomptueux. A l’image des élections américaines et françaises, ces élections ne sont rien d’autre que l’expression d’une grogne populaire, un vote « sanction » d’une population lassée d’une offre politique restreinte et périmée. Le PLQ (Parti Libéral du Québec), qui régnaient jusqu’à présent sans conteste au Canada, vient de subir sa seconde défaire cinglante en peu de mois. Le nombre de siège du parti au Québec passe de 68 à 32, avec moins de 25% des suffrages exprimés. La perte de l’Ontario au conservateur Doug Ford, suivi par cette nouvelle défaite au Québec face à Legault font que le parti libéral vient de perdre son emprise sur les deux plus densément peuplées et économiquement développées provinces du Canada. La sanction a été à la hauteur des déceptions de la population. Néanmoins, le plus grand perdant de ces élections est le PQ (Parti Québécois). Originellement un des plus puissants partis au Québec, le PQ a subi une gifle monumentale, passant de 30 élus en 2014 à 9 et perd même son statut officiel de parti au parlement ! Le dirigeant du parti, Jean-François Lisée, a même été défait dans le quartier de Rosemont à Montréal par un candidat du parti indépendantiste de gauche, Québec Solidaire, et a annoncé sa démission de la direction du parti. Ceci est le résultat d’une campagne catastrophique, durant laquelle Lisée a accumulé les sorties décrédibilisantes à propos de ses opposants de gauche, Québec Solidaire, les qualifiant de « marxistes », « dogmatiques », contre le « bien commun » (c’est-à-dire contre une alliance avec le PQ) et « d’accepter la partition du Québec » (possibilité pour les peuples autochtones de se séparer du Québec lors de l’indépendance de ce dernier). Il est amusant de remarquer qu’au lendemain des élections, ce même PQ s’annonçait « prêt à collaborer avec QS ». En vérité, l’échec du PQ ne repose que sur le parti lui-même, qui s’est détaché depuis longtemps des préoccupations sociales de la population québécoise, laissant le champ libre à Québec Solidaire, et est resté ancré dans un nationaliste unitaire et replié sur lui-même, terrain largement dominé par la CAQ.
Percée timide de Québec Solidaire
Le parti QS (Québec Solidaire) a atteint ses objectifs et a triplé son nombre d’élus, passant de 3 à 10 avec 16,10% des suffrages exprimés, devançant le défunt PQ, et compte bien se définir comme la principale force d’opposition à la CAQ. La campagne de QS fut claire et malgré un résultat modeste, en avançant des mesures sociales concrètes comme le transport en commun à moitié prix, l’assurance dentaire pour tous, la rédaction par une assemblée d’une constitution pour le Québec, la gratuité scolaire, l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars, QS a réussi à pousser la campagne vers la gauche, forçant le PLQ et le PQ à se positionner en faveur de mesures similaires aux leurs. Il est bon de noter que lors de la montée de QS dans les sondages, certains journaux se sont empressés de tenter de décrédibiliser QS de manière éhontée, le Journal de Montréal en publiant une opinion de Denise Bombardier, une bourgeoise du milieu médiatique « spécialiste de la pensée communiste », traitant QS de parti « parti d’extrême gauche qui rejette notre système « capitaliste » et qui exècre la social-démocratie à la québécoise », d’insinuer que « Marx, Lénine et même Trotsky sont les inspirations de la pensée [de Québec] solidaire » et de conclure que « Québec solidaire est une réelle menace pour l’avenir de la démocratie », rien que cela ! Le blogue de Michel Hebert dans le Journal de Québec n’était guère plus flatteur, qualifiant « leur positionnement sur l’environnement » de « lubie irréaliste », leurs dirigeants « de deux co-mythomanes », leur reprochant l’absurdité économique de « cinq semaines de vacances pour tous et le salaire minimum à 15 dollars » dans un pays où seules deux semaines sont prévues dans la loi et rappelant que les québécois sont les « champions nord-américains des programmes sociaux », ce qui fera doucement sourire un lecteur breton ou français… Il est intéressant de constater que peu importe le pays et le degré d’aides sociales, les classes dirigeantes reprocheront toujours aux travailleurs leurs conquis sociaux, que cela concerne les vacances trop longues ou la fainéantise des employés ! Les classes dirigeantes ne seront satisfaites que lorsque tout le système de sécurité sociale aura été démantelé, que ce soient deux ou cinq semaines de congés payés ou un salaire minimal de 15 dollars ou 10 euros !
La suite
L’avenir apparaît sombre. Le programme politique de la CAQ n’augure rien de bon, nous ne pouvons qu’espérer que sa popularité chute brutalement dès l’application de leurs premières mesures. En ce qui concerne l’indépendantisme, les résultats sont mitigés. Pour la première fois depuis des années, la thématique de l’indépendantisme est dominée par un parti de gauche et la domination du PQ est à sa fin, ce qui pourrait amener à la renaissance d’un mouvement nationalitaire plus sain. Cependant, il faut se rendre à l’évidence, serait-ce la fin d’un cycle indépendantiste au Québec lorsque les deux partis prônant l’indépendance totalisent à peine 19 sièges sur 135 au parlement ?
“La Colonne Bonaventure”
Sources :












Le mois de juin aura vu deux manifestations importantes en faveur des droits démocratiques et linguistiques du peuple breton. D’une part la fête nationale de la langue bretonne (GBB, Gouel Broadel ar brezhoneg) à Cavan, qui a réuni plus de 7 000 personnes sur un week-end, et la manifestation «Bretagne en résistances» du 18 juin à Nantes, avec comme axe prioritaire l’unité administrative de la Bretagne.
Ce nouvel élan populaire est parallèle à la résurgence de groupes se revendiquant de Stourm Ar Brezhoneg, qui avait obtenu la signalisation en breton dans trois départements breton durant les années 1990. A Cavan comme à Nantes des militants auront profité des concerts pour montrer et restituer les panneaux volés à Sablé-sur-Sarthe (ville du premier ministre F. Fillon) et la Roche-sur-Yon (ville du président du conseil régional des Pays de la Loire J. Auxiette). La «Bretagne en résistances» restera sans doute dans les esprits comme une mobilisation des plus jeunes au niveau de sa composition et surtout la plus déterminée avec ses 10 km de marche vers le palais de région et ses actions de peinturlurage du palais, des rues nantaises, et des forces de l’orde gardant l’hôtel des Pays de la Loire.
De la manifestation pour l’unité territoriale nous retenons aussi la politisation grandissante de la revendication, malgré un refus d’une réelle analyse politique de la situation par certains élus et la plupart des médias. La volonté de constituer un pôle unitaire et anticapitaliste, et sa réussite, sous l’étiquette «Breizh unvan, disuj ha kengret», témoigne d’ailleurs de ce lien qui doit toujours exister entre revendication sociale, projet politique et revendication territoriale. De même, nous notons qu’un des principal mot d’ordre de la manifestation était le terme «démocratie», assumé par l’ensemble des participants, même les plus frileux. Celui-ci, qui figurait en grand sur l’affiche «Bretagne en résistances», est à retenir et à noter dans un contexte international où il est repris par les jeunesses de Tunis à Deraa et de Barcelone à Athènes, pour dénoncer les classes dominantes qui confisquent le pouvoir populaire. La question qui est posée aujourd’hui à travers la réunification, mais aussi celle du statut de la langue bretonne, c’est bien celle d’une véritable démocratie en Bretagne, c’est à dire celle des outils institutionnels adaptés à la population bretonne et permettant une application réelle de ses aspirations politiques. Le droit de pouvoir décider si oui ou non nous voulons l’unité administrative de la Bretagne, si oui ou non nous voulons une collectivité particulière à l’image de ce qu’est la Bretagne, un pays.
La réponse faite par Philippe Grosvalet (président du CG 44) aux milliers de «bretonnes et bretons en résistance», réponse qui ressort de la rencontre du mois dernier avec son homologue JL Tourenne (CG 35), témoigne d’un décalage et même d’un point de clivage important. Celui qui se présente comme «ni pour ni contre»* n’a pas des propos différents de ceux du président de région PdL Jacques Auxiette. Il souhaite «une nouvelle étape de la décentralisation» avant de parler «de la question des limites géographiques» (ndlr : il veut dire «administratives»). Pour «l’autonomie des régions», le nazairien affiche surtout une posture vis-à-vis de la réforme territoriale et un refus de l’intégrité territoriale de la Bretagne. Pour lui, «on peut envisager d’adjoindre à la Bretagne un, deux voire trois départements (…) dans tous les cas le choix ne peut s’opérer que dans un cadre démocratique et avec l’assentiment de toutes les populations concernées par un redécoupage», c’est à dire en consultant les habitants des départements de la région Pays de la Loire non concernés par le projet de réunification de la Bretagne.
C’est donc aussi à nous, à la majeure partie des organisations présentes le 12 juin à Kavan et le 18 juin à Nantes, de nous rassembler lors de ce type d’événements et de passer un cap, pour défendre un projet institutionnel nouveau, décidé collectivement en Bretagne, et de toutes les façons, indispensable pour l’obtention des revendications linguistique et territoriale. Alors que se profilent les élections territoriales de 2014 sans réelles perspectives d’avancées démocratiques, il devient chaque jour plus important de travailler à la construction d’un mouvement populaire autour de la revendication d’un statut d’autonomie qui mette la Bretagne sur la voie de l’indépendance. A nous de décider de notre avenir.